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Comment fonctionnent les robots agricoles et pourquoi l'agriculture en a besoin

Les robots agricoles utilisent la vision artificielle, l'IA et le GPS pour planter, désherber et récolter les cultures de manière autonome. Face à la diminution de la main-d'œuvre agricole et à la croissance de la demande, ces machines transforment la façon dont les aliments sont produits.

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Redakcia
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Comment fonctionnent les robots agricoles et pourquoi l'agriculture en a besoin

Une crise de la main-d'œuvre dans le secteur agricole

L'agriculteur américain moyen a 58 ans. Les producteurs âgés de 65 ans et plus sont quatre fois plus nombreux que ceux de moins de 35 ans. Entre 2017 et 2022, les États-Unis ont perdu près de 142 000 exploitations agricoles, soit une baisse de 7 % en seulement cinq ans. Au Canada, 40 % des exploitants agricoles devraient prendre leur retraite d'ici 2033. Partout dans le monde, l'agriculture est confrontée à la même pression : une demande croissante de nourriture et une main-d'œuvre de plus en plus réduite, prête à effectuer le travail éreintant qui permet de la mettre sur la table.

C'est là qu'intervient le robot agricole. Autrefois une curiosité confinée aux laboratoires universitaires, les machines agricoles autonomes sont désormais une réalité commerciale. Elles sèment, désherbent, pulvérisent et récoltent, souvent 24 heures sur 24, en utilisant une combinaison de vision artificielle, d'intelligence artificielle et de GPS de précision. Comprendre leur fonctionnement explique pourquoi leur adoption s'accélère si rapidement.

Yeux, cerveaux et mains

Chaque robot agricole repose sur trois systèmes essentiels : la perception, la prise de décision et l'actionnement.

La perception provient de caméras, de LiDAR et de récepteurs RTK-GPS. Les caméras capturent des images haute résolution du champ ; le RTK-GPS localise la position du robot à moins de deux centimètres près. Certaines machines utilisent également des capteurs multispectraux qui détectent la santé des plantes, invisible à l'œil nu.

La prise de décision est gérée par des modèles d'IA embarqués, entraînés sur des millions d'images de cultures et de mauvaises herbes. Ces systèmes d'apprentissage profond classifient les plantes en temps réel, distinguant un plant de betterave sucrière d'un chardon avec des taux de précision supérieurs à 96 % dans les principaux systèmes. L'IA planifie également les itinéraires de navigation, en ajustant la vitesse et le cap rang par rang.

L'actionnement est le travail physique, et il varie considérablement selon la tâche. Un robot de désherbage peut déployer des lames mécaniques, des micro-doses d'herbicide, ou même des lasers de forte puissance. Un robot de récolte utilise des pinces souples ou des ventouses calibrées pour cueillir les fraises sans les abîmer. Les robots de semis déposent des graines individuelles à des coordonnées GPS précises, éliminant ainsi les chevauchements et le gaspillage.

Lasers, lames et pulvérisations ciblées

La gestion des mauvaises herbes illustre l'étendue de la technologie. Carbon Robotics fabrique le LaserWeeder, une machine qui projette de l'énergie thermique sur les mauvaises herbes identifiées tout en laissant les cultures intactes. L'entreprise affirme que le système réduit les coûts de lutte contre les mauvaises herbes de 80 % et qu'il est déjà utilisé par plus de 100 producteurs en Amérique du Nord, en Europe et en Australie.

John Deere adopte une approche différente avec son système See & Spray, développé par Blue River Technology. Au lieu de lasers, il utilise des buses guidées par l'IA pour appliquer l'herbicide uniquement là où les mauvaises herbes sont détectées, ce qui réduit l'utilisation de produits chimiques jusqu'à deux tiers par rapport à la pulvérisation généralisée.

La société danoise FarmDroid propose un robot à énergie solaire qui sème et désherbe. Parce qu'il se souvient exactement de l'endroit où il a planté chaque graine, il peut revenir plus tard et enlever mécaniquement tout ce qui pousse entre ces points, sans avoir besoin de caméras pour identifier les mauvaises herbes à ce stade.

Tracteurs autonomes

Parallèlement aux robots spécialisés, le tracteur conventionnel devient autonome. Des entreprises comme John Deere, Kubota et CNH Industrial vendent désormais des tracteurs autonomes équipés de LiDAR, de caméras stéréo et d'IA, capables de labourer, de semer et de transporter sans présence humaine dans la cabine. Carbon Robotics propose un kit de modernisation AutoTractor pour les modèles John Deere 6R et 8R existants, transformant les machines standard en plateformes entièrement autonomes.

Ces systèmes surveillent en permanence leur environnement et s'arrêtent automatiquement si un obstacle (une personne, un animal, un véhicule en panne) entre sur leur trajectoire.

Qui peut se les offrir ?

L'adoption est inégale. Selon le dernier rapport américain sur l'automatisation des cultures spécialisées, le cultivateur moyen a dépensé 500 000 $ en automatisation en 2022, et 70 % prévoient d'augmenter cet investissement. Parmi les grandes exploitations agricoles, 68 % utilisent déjà une forme de technologie d'agriculture de précision. Mais sur l'ensemble des exploitations agricoles américaines, seulement 27 % ont adopté ces outils.

L'obstacle est le coût. Les petites et moyennes exploitations, les plus durement touchées par les pénuries de main-d'œuvre, ne peuvent souvent pas justifier des dépenses d'investissement à six chiffres. Les modèles de robotique en tant que service, où les agriculteurs paient à l'hectare plutôt que d'acheter du matériel directement, émergent pour combler le fossé. Le marché mondial de la robotique agricole, évalué à 13,4 milliards de dollars en 2023, devrait atteindre 86,5 milliards de dollars d'ici 2033.

Pourquoi c'est important

Les robots agricoles ne remplacent pas les agriculteurs, ils remplacent la main-d'œuvre que les agriculteurs ne parviennent plus à trouver. En fonctionnant jour et nuit, en réduisant les intrants chimiques et en plaçant les semences et les traitements avec une précision centimétrique, ces machines offrent une voie pour produire plus de nourriture avec moins de ressources. Alors que la main-d'œuvre vieillit et que la demande alimentaire mondiale augmente pour nourrir près de 10 milliards de personnes d'ici 2050, l'agriculture autonome passe de la nouveauté à la nécessité.

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