Comment l'extraction d'oxygène lunaire fonctionne : de la poussière à l'air
Le sol lunaire est composé d'environ 45 % d'oxygène en poids. Des ingénieurs développent actuellement des réacteurs qui font fondre le régolithe lunaire et utilisent l'électrolyse pour libérer cet oxygène, une technologie qui pourrait réduire considérablement le coût des missions spatiales lointaines et permettre de soutenir de futures colonies lunaires.
Un réservoir caché sous vos pieds
Le carburant de fusée, l'air respirable et l'eau partagent tous un ingrédient essentiel : l'oxygène. Son lancement de la Terre vers la Lune coûte des milliers de dollars par kilogramme. Pourtant, la Lune possède déjà de vastes quantités d'oxygène, enfermées dans le sol fin et poudreux qui recouvre sa surface. Le régolithe lunaire, comme l'appellent les scientifiques, est composé d'environ 41 à 45 % d'oxygène en poids, fortement lié à des métaux tels que le silicium, le fer, l'aluminium et le titane.
Le défi n'est pas de trouver de l'oxygène sur la Lune. Il s'agit de l'extraire de la roche. Une famille de technologies collectivement connues sous le nom d'Utilisation des ressources in situ (ISRU) vise à faire exactement cela, et les récentes étapes d'ingénierie suggèrent que les premières usines d'oxygène lunaire opérationnelles pourraient fonctionner d'ici une décennie.
Comment fonctionne l'électrolyse du régolithe fondu
L'approche principale est l'électrolyse du régolithe fondu (MRE). Le concept est d'une simplicité trompeuse : chauffer le sol lunaire broyé jusqu'à ce qu'il fonde, puis faire passer un courant électrique à travers le bain fondu pour séparer l'oxygène des métaux, un peu comme la fusion industrielle de l'aluminium sur Terre.
En pratique, une excavatrice robotisée ramasse le régolithe et le livre à un réacteur. À l'intérieur, des électrodes chauffent la poudre à environ 1 600 °C, créant un bain liquide d'oxyde incandescent. Lorsque le courant circule entre une anode et une cathode, les ions oxygène migrent vers l'anode, où ils se combinent en gaz O₂ qui peut être capturé, purifié et stocké. Pendant ce temps, des alliages de métaux fondus (fer, aluminium, silicium) se rassemblent à la cathode en tant que sous-produits précieux.
Une astuce d'ingénierie astucieuse rend le processus auto-isolant : le régolithe sur les bords du réacteur reste solide, formant un creuset naturel qui protège les parois du récipient de la chaleur extrême. Aucun matériau de confinement exotique n'est nécessaire.
Méthodes alternatives
La MRE n'est pas la seule option. L'électrolyse des sels fondus, adaptée du procédé FFC Cambridge initialement développé dans les années 1990 pour l'extraction du titane, immerge le régolithe dans du chlorure de calcium fondu chauffé à environ 950 °C. Le sel agit comme un liquide conducteur, et lorsque le courant le traverse, l'oxygène migre vers l'anode pour être collecté. L'ESA a financé le développement de cette approche dans le cadre de son programme de démonstration ISRU.
Une troisième technique, la réduction à l'hydrogène, consiste à souffler de l'hydrogène gazeux sur du régolithe chauffé. L'hydrogène extrait l'oxygène des minéraux d'oxyde de fer pour produire de l'eau, qui est ensuite électrolysée en hydrogène (recyclé) et en oxygène. Bien que moins efficace dans l'ensemble, elle fonctionne à des températures plus basses et a été testée par la NASA depuis le début des années 2000.
Pourquoi c'est important pour l'exploration spatiale
L'oxygène représente environ 80 % de la masse du propergol de fusée dans les moteurs bi-ergols courants. Sa fabrication sur la Lune au lieu de son transport depuis la Terre pourrait réduire le coût des atterrissages lunaires jusqu'à 60 %, selon Blue Origin, qui développe son propre réacteur MRE appelé Blue Alchemist. La société a indiqué que son réacteur "Air Pioneer" avait réussi à extraire de l'oxygène de qualité médicale et de qualité propergol à partir d'un simulant de régolithe lunaire fondu sur Terre.
Au-delà du propergol, l'oxygène produit localement alimenterait les systèmes de survie des habitats, réduisant ainsi la charge constante de réapprovisionnement qui limite actuellement la durée pendant laquelle les équipages peuvent rester à la surface. Les sous-produits métalliques du processus d'électrolyse pourraient être utilisés pour la construction et la fabrication, transformant le régolithe en une ressource complète.
Où en sommes-nous ?
Plusieurs organisations sont en compétition pour une démonstration. Blue Origin a achevé un examen critique de la conception de Blue Alchemist et prévoit une démonstration terrestre autonome complète dans des chambres à vide qui simulent les conditions lunaires. L'ESA s'est associée à la société belge Space Applications Services pour construire des réacteurs expérimentaux pour une mission de démonstration ISRU à la surface lunaire. La NASA continue de financer la recherche sur la MRE par le biais de sa direction des missions de technologie spatiale.
D'importants obstacles subsistent. La poussière lunaire est abrasive et chargée électrostatiquement, ce qui présente des risques pour les systèmes mécaniques. Les réacteurs doivent fonctionner de manière autonome pendant des mois avec un minimum d'entretien. Et le passage de grammes de laboratoire aux tonnes d'oxygène nécessaires pour une base permanente nécessite des avancées techniques substantielles.
Pourtant, la physique est prouvée, la chimie fonctionne sur Terre et l'argument économique est convaincant. La Lune n'est pas stérile, c'est une mine d'oxygène qui attend les bons outils.