Municipales 2026 : le RN en embuscade avant le premier tour
Les Français se rendent aux urnes ce 15 mars pour le premier tour des élections municipales, premier scrutin organisé sous le nouveau régime issu de la réforme du 11 août 2025. À Paris, Grégoire et Dati s'affrontent dans un duel serré, tandis que le Rassemblement national s'impose comme troisième force dans les villes moyennes.
Un nouveau mode de scrutin qui change les règles du jeu
La loi du 11 août 2025 réforme en profondeur le paysage électoral municipal français. Dans les trois grandes métropoles — Paris, Lyon et Marseille —, les électeurs glissent désormais deux bulletins distincts dans l'urne : l'un pour le conseil municipal, l'autre pour le conseil d'arrondissement. La prime majoritaire accordée à la liste arrivée en tête est par ailleurs réduite à 25 % des sièges au conseil municipal (contre 50 % dans les autres communes), rendant les majorités plus fragiles et les alliances indispensables. À l'échelle nationale, toutes les communes adoptent pour la première fois un scrutin proportionnel de liste paritaire, mettant fin à un régime électoral jusqu'alors morcelé selon la taille des villes.
Paris : Grégoire en tête, mais rien n'est joué
Dans la capitale, les derniers sondages créditent Emmanuel Grégoire, candidat de l'alliance PS-Écologistes-PCF, de 32 à 35 % des intentions de vote au premier tour — soit une légère avance sur Rachida Dati, soutenue par Les Républicains et le centre droit, qui oscille autour de 26-27 %, selon Ipsos et Elabe. Derrière ce duel de premier plan, une grappe de candidats avoisinant les 11-12 % — représentants de La France insoumise et de Reconquête notamment — pourrait jouer les arbitres au second tour. La réduction de la prime majoritaire à 25 % dans la capitale complique toute perspective d'hégémonie et oblige les listes à négocier des fusions pour éviter la dispersion des voix au soir du 22 mars.
Le RN, troisième force montante dans les villes moyennes
En dehors de la capitale, c'est l'essor du Rassemblement national qui retient l'attention. Le parti présente plus de 700 têtes de liste à l'échelle nationale — contre 410 en 2020 —, avec une concentration dans ses bastions du Nord-Est et du Sud-Est. Dans les communes de moins de 1 000 habitants, le RN recueille jusqu'à 43 % des intentions de vote, selon l'Enquête électorale française publiée par Ipsos ; dans les agglomérations de plus de 100 000 habitants, ce score tombe à 21 %, mais le parti reste une force difficile à ignorer. Fort de ses 13 mairies actuellement conquises, le RN espère franchir un nouveau seuil de crédibilité municipale et s'implanter dans des villes moyennes qui constituaient jusqu'ici des bastions de la gauche ou de la droite républicaine.
L'abstention, grande inconnue du scrutin
Après le record historique de 2020 — où plus de 55 % des électeurs s'étaient abstenus, dans un contexte de crise sanitaire sans précédent —, les observateurs espèrent un rebond de la participation. Les instituts de sondage prévoient une fourchette de 60 à 70 % de votants, Odoxa évoquant un « bon cru » possible à 68 %. Cependant, l'intérêt des Français pour ce scrutin a légèrement fléchi ces dernières semaines, passant de 69 % à 67 % selon OpinionWay. Un fort taux d'abstention favoriserait les partis à l'électorat le plus mobilisé — ce qui pourrait amplifier la percée du RN dans les villes moyennes où son électorat est réputé particulièrement engagé.
Des négociations décisives entre les deux tours
Si aucune liste ne franchit la barre de la majorité absolue au soir du 15 mars — ce qui paraît probable dans la grande majorité des villes —, les tractations entre les tours seront déterminantes. Les listes ayant recueilli au moins 10 % des suffrages exprimés pourront se maintenir ; celles à 5 % pourront fusionner avec une liste mieux placée. La semaine séparant les deux tours s'annonce donc comme le véritable terrain de jeu politique, où les désistements et les alliances décideront de l'orientation des conseils municipaux pour les six prochaines années.