Économie

Pétrole : 580 M$ de paris suspects avant le tweet de Trump

Une enquête de la BBC révèle que des traders ont placé 580 millions de dollars de paris pétroliers quelques minutes avant l'annonce de Trump sur l'Iran, provoquant une chute de 14 % du brut et des soupçons de délit d'initié.

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Redakcia
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Pétrole : 580 M$ de paris suspects avant le tweet de Trump

Un volume neuf fois supérieur à la normale

Entre 6 h 49 et 6 h 50 (heure de New York), lundi 24 mars, environ 6 200 contrats à terme sur le Brent et le West Texas Intermediate ont changé de mains, pour une valeur notionnelle de 580 millions de dollars. Selon les données de marché analysées par la BBC et CBS News, le volume habituel pour ce créneau horaire avoisine 700 contrats — soit un pic neuf fois supérieur à la normale.

Quinze minutes plus tard, à 7 h 04, Donald Trump publiait sur Truth Social que les États-Unis menaient des « conversations très bonnes et productives » avec l'Iran au sujet du détroit d'Ormuz, inversant brutalement la rhétorique belliqueuse du week-end où il menaçait de « pulvériser » les centrales iraniennes.

Effondrement immédiat des cours

L'annonce a déclenché une chute spectaculaire : le Brent est passé de 112 à 99 dollars le baril, tandis que le WTI plongeait de 99 à 86 dollars, soit une baisse de l'ordre de 11 à 14 % en quelques minutes, selon Al Jazeera. Dans le même temps, les contrats e-Mini du S&P 500 bondissaient, le Dow Jones gagnant plus de 1 000 points. Quiconque avait vendu du pétrole à découvert juste avant a réalisé des profits considérables.

« Le mot, c'est trahison »

Le Prix Nobel d'économie Paul Krugman n'a pas mâché ses mots. « Nous avons un autre mot pour les situations dans lesquelles des personnes ayant accès à des informations confidentielles de sécurité nationale exploitent ces informations à des fins lucratives. Ce mot, c'est trahison », a-t-il déclaré à Fortune.

Stephen Piepgrass, spécialiste des marchés à terme, estime que « le pic massif du volume de transactions juste avant cette publication suffit à lever les sourcils et, je pense, à lancer une enquête ». Ben Schiffrin, de l'organisation Better Markets, pointe « l'explication la plus problématique : ils savaient avant de placer leurs ordres ».

Un schéma récurrent qui alarme les régulateurs

Ce n'est pas un cas isolé. En février 2026, un chercheur a identifié 38 comptes anonymes sur la plateforme de paris Polymarket qui avaient anticipé avec une précision troublante les frappes américano-israéliennes contre l'Iran, empochant plus de 2 millions de dollars. En avril 2025, des volumes suspects avaient déjà été enregistrés juste avant l'annonce d'une suspension de droits de douane, provoquant un bond de 12 % du Nasdaq.

Face à cette accumulation d'indices, le sénateur démocrate Chris Murphy a déposé le BETS OFF Act, un projet de loi bipartisan visant à interdire les paris sur les décisions gouvernementales, les guerres et les événements dont un individu peut contrôler l'issue.

Quelles conséquences pour l'Europe ?

La Financial Conduct Authority (FCA) britannique a indiqué suivre le dossier de près. La Commodity Futures Trading Commission (CFTC) américaine n'a pas encore commenté. Pour les consommateurs français, belges et suisses, la volatilité extrême des cours du brut se répercute directement sur les prix à la pompe et les factures énergétiques — un sujet brûlant alors que les ministres des Affaires étrangères du G7 débattent justement cette semaine de la crise iranienne.

L'Iran, de son côté, dément toute négociation. Le président du Parlement iranien, Mohammad-Bagher Ghalibaf, a qualifié l'annonce de Trump de « fake news » destinée à manipuler les marchés pétroliers. La Maison-Blanche rejette les accusations de délit d'initié, les qualifiant de « reportage irresponsable et sans fondement ».

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