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Tempête Pedro : la France sous les eaux, un record depuis 1959

La France a enregistré 37 jours consécutifs de pluie — un record depuis 1959 — et la tempête Pedro a provoqué des crues historiques, forçant Bordeaux à activer son plan d'urgence pour la première fois depuis 1999.

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Redakcia
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Tempête Pedro : la France sous les eaux, un record depuis 1959

Un record météorologique sans précédent depuis 1959

La France traverse une crise hydrologique d'une ampleur exceptionnelle. Météo-France a confirmé que le pays avait enregistré 37 jours consécutifs de pluie entre le 14 janvier et le 20 février 2026, soit la plus longue série ininterrompue depuis le début des mesures en 1959. Des villes comme Quimper ont reçu 580 millimètres de précipitations cet hiver, contre 412 millimètres en moyenne, tandis que Bordeaux atteignait 320 millimètres pour 260 habituels. Février 2026 est d'ores et déjà le mois de février le plus pluvieux jamais enregistré à l'échelle nationale.

La Garonne en crue du siècle à Marmande

C'est dans le Lot-et-Garonne que l'épisode a été le plus dévastateur. La Garonne a atteint 10,34 mètres à Marmande, dépassant le précédent record de 10,22 mètres établi en 2021 et signant la crue la plus importante depuis 1875, lorsque le fleuve avait culminé à 11,39 mètres. Selon France 3 Nouvelle-Aquitaine, environ 1 700 personnes ont été évacuées dans le département, dont près de 1 000 sur la seule commune d'Aiguillon. Face à l'ampleur de la situation, le préfet Bruno André a demandé le renfort de l'armée, tandis que 5 000 foyers restaient privés d'électricité. Au total, Enedis recensait plus de 33 400 clients sans courant en Nouvelle-Aquitaine et en Occitanie.

Bordeaux active son plan d'urgence pour la première fois depuis 1999

À Bordeaux, le maire Pierre Hurmic a déclenché le Plan communal de sauvegarde le 18 février 2026 — une première depuis la grande tempête de décembre 1999. Les quartiers de Bacalan, des Chartrons, de la Bastide, de Benauge et du quai Sainte-Croix figuraient parmi les plus exposés. Des salles d'accueil ont été ouvertes pour les habitants évacués, et les crèches ainsi que les centres de loisirs ont été fermés par précaution. Le pic de crue a finalement été atteint le lendemain à 7h20, avec un niveau de 5,04 mètres NGF, légèrement inférieur aux estimations les plus pessimistes.

Jusqu'à 70 départements simultanément en alerte

La crise hydrologique ne s'est pas cantonnée au sud-ouest. À son apogée, 70 départements étaient simultanément placés en vigilance inondations. Cinq d'entre eux ont atteint le niveau d'alerte rouge maximal : la Gironde, le Lot-et-Garonne, le Maine-et-Loire, la Charente-Maritime et la Loire-Atlantique. À Saintes, quelque 900 maisons ont été submergées dans une cinquantaine de rues, tandis que la Loire débordait près d'Angers. La RTS relevait que des débordements majeurs étaient attendus dans les secteurs de Libourne et de Bordeaux lors de la conjonction des grandes marées et des vents de Pedro.

Un signal d'alarme climatique

Pour les spécialistes du climat, cet enchaînement de tempêtes — Goretti, Ingrid, Nils et Pedro — n'est pas un simple accident météorologique. Une atmosphère plus chaude retient davantage d'humidité, intensifiant la violence des précipitations et réduisant les périodes de répit entre les épisodes. La saturation des sols, à son niveau le plus élevé jamais mesuré en France un mois de février, a annihilé toute capacité d'absorption : chaque millimètre de pluie supplémentaire se retrouve directement dans les cours d'eau. Les autorités préviennent que la situation restera critique tant que les nappes phréatiques et les sols ne retrouveront pas un niveau normal — une perspective qui pourrait nécessiter plusieurs semaines.

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