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Comment fonctionne la présidence tournante du Conseil de sécurité de l'ONU

Chaque mois, un pays différent prend la direction de l'organe de sécurité le plus puissant du monde. Voici comment fonctionne la rotation de la présidence du Conseil de sécurité de l'ONU, quels pouvoirs le président exerce et pourquoi ce système suscite la controverse.

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Redakcia
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Comment fonctionne la présidence tournante du Conseil de sécurité de l'ONU

Un mois à la barre

Le Conseil de sécurité des Nations unies est le seul organe international habilité à adopter des résolutions contraignantes, à déployer des forces de maintien de la paix et à imposer des sanctions. Pourtant, sa direction change chaque mois. En vertu d'un système établi lors de la toute première réunion du Conseil en janvier 1946, chacun des quinze États membres assure à tour de rôle la présidence de l'organe chargé du maintien de la paix et de la sécurité internationales.

La rotation suit une règle simple : l'ordre alphabétique anglais des noms des États membres. Aucune distinction n'est faite entre les cinq membres permanents (Chine, France, Russie, Royaume-Uni et États-Unis) et les dix membres élus qui siègent pour un mandat de deux ans. Un petit pays élu pour une brève période exerce le marteau selon les mêmes règles qu'un membre permanent doté de l'arme nucléaire.

Ce que fait réellement le président

Le président du Conseil de sécurité n'est pas une simple figure de proue. Le rôle comporte plusieurs pouvoirs concrets énoncés dans les articles 18 à 20 du Règlement intérieur provisoire du Conseil :

  • Fixer l'ordre du jour — Le président approuve l'ordre du jour provisoire de chaque mois, en décidant des crises, des conflits et des questions thématiques que le Conseil examinera.
  • Convoquer et présider les séances — Le président convoque les séances, donne la parole aux orateurs et dirige les débats.
  • Publier des déclarations présidentielles — Sous réserve d'un consensus entre les quinze membres, le président peut publier des déclarations formelles au nom de l'ensemble du Conseil.
  • Représenter le Conseil — Le président s'exprime au nom de l'organe devant les autres organes de l'ONU et les États membres.

Parmi ces pouvoirs, la fixation de l'ordre du jour est largement considérée comme le plus important. Des recherches menées par la School of International and Public Affairs de l'université Columbia ont montré que le pays qui assure la présidence peut influencer les questions qui retiennent l'attention et celles qui sont discrètement mises de côté. Une analyse statistique suggère qu'il est beaucoup moins probable que des réunions soient convoquées sur des sujets sur lesquels les membres permanents ont des points de vue très divergents.

Bref historique de la rotation

Le système de rotation a été adopté le 17 janvier 1946, lorsque le Conseil a tenu sa séance inaugurale à Londres. L'ordre alphabétique français avait été initialement proposé, reprenant la pratique de la Société des Nations, mais l'anglais a été choisi à la place par la Commission préparatoire de l'ONU.

Une bizarrerie est apparue dès la première année : avec seulement onze membres, le Conseil avait besoin d'une solution pour que les rotations futures commencent proprement le premier de chaque mois. La résolution 14 du Conseil de sécurité a prolongé la présidence américaine jusqu'en décembre 1946 afin de résoudre le problème de calendrier. Lorsque le Conseil est passé à quinze membres en 1966, les calculs se sont améliorés : chaque membre assure désormais la présidence exactement une fois par an dans la plupart des cas.

Quand la controverse prend la présidence

La stricte neutralité de la rotation signifie que chaque membre, quelle que soit sa position géopolitique actuelle, a son mois. Cela a produit des situations délicates et politiquement chargées tout au long de l'histoire.

En 1950, l'Union soviétique a profité de sa présidence pendant la guerre de Corée pour manipuler les procédures du Conseil à des fins partisanes. Plus récemment, lorsque la Russie a assumé la présidence en avril 2023, l'ambassadrice américaine Linda Thomas-Greenfield a averti que Moscou allait « répandre la désinformation et promouvoir son propre programme » concernant l'Ukraine. Des diplomates occidentaux ont ouvertement qualifié la rotation de «poisson d'avril ».

Le règlement prévoit toutefois une sauvegarde : si le pays du président est directement impliqué dans un conflit en discussion, le président est censé céder temporairement la présidence à un autre membre. En pratique, l'application de cette norme dépend de la pression diplomatique plutôt que d'un mécanisme contraignant.

Pourquoi le système perdure

Malgré les critiques, la rotation mensuelle a survécu pendant huit décennies parce qu'elle sert un objectif fondamental : elle donne à chaque membre du Conseil, grand ou petit, permanent ou élu, une chance égale de façonner l'agenda de la sécurité mondiale, même si ce n'est que pour trente jours. Des propositions de réforme font régulièrement surface, mais modifier la présidence nécessiterait de modifier des règles que les quinze membres, y compris les P5 dotés du droit de veto, doivent accepter. Pour l'instant, le marteau continue de passer, un mois à la fois.

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