Canada-Inde : Mark Carney relance les relations et négocie un accord d'uranium de 2,8 milliards de dollars
Le Premier ministre canadien Mark Carney est arrivé en Inde le 27 février pour consolider un spectaculaire rapprochement diplomatique et débloquer un vaste programme commercial, comprenant un accord d'approvisionnement en uranium de 2,8 milliards de dollars, dans un contexte d'inquiétudes communes concernant les droits de douane américains sous l'administration Trump.
Une relation reconstruite sur les ruines
Il y a à peine seize mois, le Canada et l'Inde étaient engagés dans l'une des plus graves ruptures diplomatiques de mémoire récente entre deux démocraties. Le vendredi 27 février, le Premier ministre canadien Mark Carney a atterri à Mumbai pour une visite de quatre jours qui représente le revirement le plus frappant dans la relation bilatérale : une tentative de transformer une crise née d'allégations d'espionnage et d'assassinat politique en un partenariat valant des dizaines de milliards de dollars.
La rupture a commencé en juin 2023, lorsque le Premier ministre de l'époque, Justin Trudeau, a publiquement accusé le gouvernement indien d'avoir orchestré l'assassinat de Hardeep Singh Nijjar, un militant séparatiste sikh, sur le sol canadien en Colombie-Britannique. L'Inde a qualifié ces allégations d'« absurdes ». En octobre 2024, le Canada avait expulsé le Haut-Commissaire indien Sanjay Verma et cinq autres diplomates indiens, les qualifiant de « personnes d'intérêt » dans les enquêtes de la GRC sur les menaces contre la diaspora sikhe. L'Inde a riposté en expulsant 41 diplomates canadiens, vidant du jour au lendemain l'infrastructure diplomatique des deux pays.
Comment le dégel a commencé
La percée s'est produite lorsque Carney – qui a remplacé Trudeau au début de 2025 – a invité le Premier ministre indien Narendra Modi au sommet du G7 au Canada en juin 2025. Les deux parties ont ensuite nommé de nouveaux hauts-commissaires et les négociations commerciales ont discrètement repris en marge du G20 en novembre. Début 2026, ce qui avait été une relation gelée se dégelait rapidement.
Le calendrier n'est pas fortuit. Les deux dirigeants naviguent dans un paysage commercial mondial remodelé par le régime tarifaire du président américain Donald Trump. Comme l'a dit un expert en encadrant la visite : « Pour l'Inde comme pour le Canada, la vue d'ensemble est la diversification – réduire la dépendance excessive aux États-Unis. » Le discours de Carney en janvier à Davos, où il a exhorté les « puissances moyennes » à forger une indépendance économique par rapport à l'hégémonie américaine, a préparé le terrain idéologique pour la visite.
Un vaste programme commercial
L'accord phare qui devrait être annoncé est un accord d'approvisionnement en uranium de 2,8 milliards de dollars canadiens sur dix ans – une victoire importante pour le secteur minier canadien et un gain stratégique pour l'Inde, qui développe agressivement sa capacité nucléaire. Au-delà de l'uranium, des accords de coopération devraient couvrir :
- Les exportations de pétrole et de gaz naturel
- Les chaînes d'approvisionnement en minéraux critiques
- La recherche en intelligence artificielle et en informatique quantique
- La coopération aérospatiale et de défense
- L'éducation et les échanges universitaires
Les deux gouvernements visent également à relancer officiellement les négociations en vue d'un accord de libre-échange global, avec l'ambition de doubler le commerce bilatéral pour atteindre 70 milliards de dollars d'ici 2030, contre environ 10 milliards de dollars aujourd'hui. Un nouveau mécanisme de coopération en matière d'application de la loi est également sur la table, conçu pour lutter contre la criminalité transnationale – la question qui a initialement fait éclater la relation.
Enjeux géopolitiques
La visite a un poids qui dépasse les chiffres du commerce. L'Inde est le pays le plus peuplé du monde et l'une de ses économies à la croissance la plus rapide. Pour Carney, la conclusion d'accords significatifs ici – avant de se rendre en Australie et au Japon – validerait son argumentaire de politique étrangère plus large : le Canada peut prospérer en tant que puissance moyenne agile, reliant les ressources énergétiques et la technologie aux partenaires qui en ont besoin.
Il reste à voir si les ambitions survivront au contact de la réalité. L'Inde est un marché notoirement sensible aux prix, et les analystes préviennent que bon nombre des annonces de vendredi seront des cadres plutôt que des contrats définitifs. Mais le symbolisme à lui seul – un Premier ministre canadien se tenant à Mumbai à peine seize mois après le pire effondrement diplomatique de l'histoire commune des deux pays – signale que le pragmatisme a définitivement pris le pas sur les griefs.