Cyberharcèlement : 10 condamnés pour les rumeurs sur Brigitte Macron
Le tribunal correctionnel de Paris a reconnu dix personnes coupables de cyberharcèlement à l'encontre de Brigitte Macron, pour avoir diffusé de fausses rumeurs sur son identité de genre. Les peines vont jusqu'à six mois de prison ferme.
Le 5 janvier 2026, le tribunal correctionnel de Paris a prononcé un verdict historique en condamnant dix personnes pour harcèlement moral aggravé commis en ligne à l'encontre de la première dame Brigitte Macron. Les prévenus — huit hommes et deux femmes, âgés de 41 à 65 ans — avaient diffusé sur les réseaux sociaux de fausses affirmations concernant son identité de genre et sa sexualité, ainsi que des accusations infondées de pédocriminalité liées à l'écart d'âge avec le président Emmanuel Macron.
Des peines exemplaires
Le tribunal a prononcé des peines allant jusqu'à six mois de prison ferme pour le prévenu le plus lourdement sanctionné, tandis que les autres ont écopé de peines de prison avec sursis pouvant atteindre huit mois. Parmi les condamnés les plus en vue, l'écrivain Aurélien Poirson-Atlan, connu sous le pseudonyme de Zoé Sagan, a été condamné à huit mois avec sursis, la médium Amandine Roy et le galeriste Bertrand Scholler à six mois avec sursis chacun. Le tribunal les a qualifiés d'« instigateurs » en raison de leur influence sur les réseaux sociaux.
L'ensemble des prévenus a également été condamné à verser collectivement 10 000 euros de dommages et intérêts à Brigitte Macron au titre du préjudice moral, ainsi qu'à suivre un stage de sensibilisation au respect des personnes dans l'espace numérique.
Des rumeurs nées en 2021
L'affaire trouve ses racines en 2021, lorsque des théories conspirationnistes ont commencé à circuler massivement sur les réseaux sociaux, affirmant que Brigitte Macron serait née homme. Ces rumeurs, initialement cantonnées à la sphère francophone, ont pris une dimension internationale en 2023 lorsque l'influenceuse américaine Candace Owens leur a donné une caisse de résonance considérable auprès du public anglophone.
Le tribunal a établi que les messages des prévenus avaient « entraîné une dégradation des conditions de vie de Brigitte Macron » et que « la détérioration de sa santé physique et mentale était avérée ».
Un signal fort contre la désinformation en ligne
Brigitte Macron, qui n'avait pas assisté au procès tenu en octobre 2025, a déclaré sur TF1 avoir engagé ces poursuites pour « donner l'exemple » dans la lutte contre le harcèlement en ligne. Sa fille Tiphaine Auzière, présente à l'audience, s'est félicitée du verdict.
Ce jugement intervient dans un contexte où les démocraties européennes peinent à endiguer la propagation de la désinformation sur internet. En France, le cyberharcèlement est puni par la loi jusqu'à deux ans d'emprisonnement et 30 000 euros d'amende, mais les condamnations restent rares en raison de la difficulté à identifier et poursuivre les auteurs.
L'affaire ne s'arrête pas aux frontières françaises. Les époux Macron poursuivent également Candace Owens devant la justice américaine pour diffamation, dans une procédure distincte qui pourrait faire jurisprudence en matière de responsabilité des influenceurs étrangers dans la propagation de fausses informations.
Pour les juristes, ce verdict constitue un précédent majeur. Comme le souligne le Club des Juristes, le passage de la relaxe pour diffamation à la condamnation pour cyberharcèlement illustre l'évolution du droit français face aux nouvelles formes de violence numérique. La qualification de harcèlement moral aggravé, plus large que la diffamation, permet de mieux appréhender les campagnes coordonnées de dénigrement en ligne.