Culture

L'Espagne menace de retirer son label touristique à Sagunto

Le gouvernement espagnol entame une procédure de révocation du label de Fête d'Intérêt Touristique National attribué à la Semaine Sainte de Sagunto, suite au refus de sa confrérie d'admettre les femmes, dans une affaire sans précédent qui oppose tradition et égalité.

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Redakcia
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L'Espagne menace de retirer son label touristique à Sagunto

Un vote qui a déclenché la tempête

La Confrérie de la Très Pure Sang de Notre Seigneur Jésus-Christ de Sagunto (Valence), fondée en 1492, a voté massivement à la mi-mars 2026 — 267 voix contre et 114 pour — contre l'autorisation de la participation des femmes à ses processions et à son conseil d'administration. Sur les 1 700 confrères, tous des hommes, environ 1 200 avaient le droit de vote.

La décision, qui maintient des statuts datant de plus de cinq siècles, a provoqué une réponse immédiate du gouvernement central : l'ouverture d'une procédure de révocation du label de Fête d'Intérêt Touristique National que la Semaine Sainte de Sagunto détient depuis 2004. Si elle aboutit, ce serait la première fois dans l'histoire de l'Espagne qu'une festivité perd cette distinction.

La réponse du gouvernement : Tourisme et Égalité en action conjointe

Le 23 mars, le Secrétariat d'État au Tourisme a annoncé l'ouverture de la procédure en s'appuyant sur l'Arrêté Ministériel ICT/851/2019, dont l'article 3 exige la "participation citoyenne au développement de la fête" comme condition de maintien du label. Selon le gouvernement, exclure les femmes — 51 % de la population de Sagunto, avec plus de 33 000 recensées — viole fondamentalement ce principe.

Parallèlement, la ministre de l'Égalité, Ana Redondo, a qualifié la situation d'"anachronique" et a décrit la confrérie comme "un bastion sexiste et discriminatoire de l'inégalité". Le ministère a annoncé qu'il saisirait le Parquet, considérant qu'il existe "une discrimination et une violation des droits constitutionnels essentiels".

La perte du label impliquerait la disparition des subventions publiques liées à la distinction et l'exclusion de Sagunto de la promotion touristique internationale en tant que destination de Semaine Sainte.

Un précédent du Tribunal Constitutionnel

La position du gouvernement est renforcée par la Décision 132/2024 du Tribunal Constitutionnel, de novembre 2024, qui a donné raison à María Teresita Laborda, une femme exclue de la Pontificale, Royale et Vénérable Esclavage du Très Saint Christ de La Laguna, à Tenerife, une entité qui n'admettait que des hommes depuis 1659. La haute juridiction a statué que l'exclusion fondée sur le sexe viole les droits fondamentaux d'association et de non-discrimination, même dans les associations privées ayant une projection sociale ou culturelle significative.

Depuis lors, l'Institut de la Femme est intervenu auprès d'au moins deux autres confréries ayant des restrictions similaires : la Confrérie Marraja de Murcie et la Fraternité Doux Nom de Jésus de Valera de Abajo, en Castille-La Manche.

Tradition contre droits : un débat ouvert

Les défenseurs de la confrérie font valoir que leurs statuts font partie d'une tradition centenaire protégée par la liberté religieuse et d'association. Cependant, depuis l'Assemblée pour une Semaine Sainte Inclusive, sa porte-parole Blanca Ribelles a déploré le résultat : "C'est se heurter à un mur. Nous avons perdu une occasion historique de changer les choses de l'intérieur", a-t-elle déclaré, rappelant qu'ils se battent en vain depuis cinq ans.

La mairie de Sagunto a publié un communiqué officiel plaidant pour "l'intégration pleine et entière des femmes" dans la confrérie et sa Semaine Sainte, se distançant ainsi de la position de la confrérie.

L'affaire de Sagunto s'annonce comme un tournant dans la relation entre les institutions religieuses traditionnelles et les politiques d'égalité en Espagne. La résolution de la procédure — qui pourrait durer des mois — créera un précédent pour des dizaines de confréries qui maintiennent encore des restrictions de genre dans leurs statuts.

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