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Népal : Premières élections après un soulèvement meurtrier de la Génération Z

Le Népal se rend aux urnes le 5 mars pour des élections anticipées déclenchées par des manifestations anti-corruption meurtrières de la Génération Z qui ont fait 77 morts en septembre 2025. Près de 19 millions d'électeurs devront choisir entre des vétérans politiques vieillissants et une nouvelle vague de réformateurs.

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Redakcia
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Népal : Premières élections après un soulèvement meurtrier de la Génération Z

Un mouvement de contestation qui a ébranlé une nation

En septembre 2025, des étudiants et de jeunes Népalais ont envahi les rues pour exiger la fin de décennies de corruption, de népotisme et de mauvaise gestion. Les forces de sécurité ont ouvert le feu sur les manifestants. Au terme de la répression, 77 personnes étaient mortes et plus de 2 000 blessées, ce qui en fait l'une des répressions les plus meurtrières de l'histoire moderne du Népal contre une manifestation civile. Le Premier ministre K.P. Sharma Oli a démissionné sous une pression écrasante et des élections anticipées ont été convoquées. Le 5 mars 2026, dans seulement quatre jours, quelque 18,9 millions d'électeurs décideront de la suite des événements.

Ancienne garde contre nouveaux visages

La course à la direction de la Chambre des représentants du Népal, qui compte 275 sièges, se caractérise par un clivage générationnel marqué. D'un côté, les vétérans : Oli lui-même, 74 ans, qui tente un nouveau retour politique ; Pushpa Kamal Dahal, 71 ans, l'ancien chef de guérilla maoïste devenu trois fois Premier ministre ; et Gagan Thapa, 49 ans, qui a repris le Congrès népalais centriste après sa dernière défaite électorale.

De l'autre côté, une vague de challengers dynamisés par le soulèvement. Balendra Shah, un rappeur de 35 ans et ancien maire de Katmandou, connu universellement sous le nom de "Balen", est devenu le visage du renouveau politique, représentant le Rastriya Swatantra Party (RSP). Son affrontement direct avec Oli dans la circonscription de Jhapa 5 est devenu un symbole de l'ensemble de l'élection : l'ancienne garde contre la génération qui l'a fait tomber.

Au total, 3 484 candidats de 68 partis sont en lice, mais seulement 5,6 % ont moins de 30 ans, un décalage frappant étant donné que c'est la Génération Z qui a mené les manifestations. Seuls 11 % des candidats sont des femmes, et le gouvernement intérimaire dirigé par l'ancienne juge en chef Sushila Karki doit céder le pouvoir une fois les résultats connus.

Corruption, chômage et exode quotidien

Le Népal se classe au 109e rang mondial en matière de corruption, et son économie raconte une histoire sombre. Le chômage des jeunes s'élève à 20,8 %, tandis qu'environ 2 300 citoyens quittent le pays chaque jour pour travailler à l'étranger, privant le Népal des jeunes talents dont il a désespérément besoin. Environ un cinquième de la population vit dans la pauvreté.

Les promesses de lutte contre la corruption dominent le programme de chaque parti. Mais les sceptiques soulignent que le Népal a mis en place plus de deux douzaines de commissions d'enquête sur la corruption en 70 ans sans résultats significatifs. Comme l'a déclaré l'ancien vérificateur général par intérim Shukdev Bhattarai Khatri à OCCRP : "La création d'une commission ne suffit pas si elle n'a pas de stratégie de mise en œuvre."

Les nouvelles règles de financement des campagnes exigent que les dons supérieurs à 25 000 roupies transitent par des comptes bancaires dédiés, mais les observateurs électoraux ont constaté que l'application reste faible.

Un exercice d'équilibriste géopolitique himalayen

Au-delà des réformes intérieures, la géographie du Népal ajoute une autre couche de complexité. Coincé entre l'Inde, qui gère les deux tiers de son commerce, et la Chine, qui fournit 14 % du commerce et plus de 130 millions de dollars de prêts, quiconque gouverne Katmandou doit naviguer dans un équilibre diplomatique délicat. Les deux voisins suivent de près l'issue du scrutin.

Les élections peuvent-elles répondre aux exigences des manifestations ?

C'est la question essentielle qui plane sur le Népal à l'approche des élections. Le soulèvement a démontré le pouvoir de l'indignation collective, et a coûté 77 vies pour ce faire. Mais les élections exigent de traduire cette énergie en un changement politique durable, un défi qui a mis en échec les efforts de réforme précédents dans le pays.

Avec 915 000 nouveaux électeurs qui se rendent aux urnes et une nation entière qui observe si ses institutions démocratiques peuvent éradiquer la corruption que les manifestations ont été lancées pour combattre, le 5 mars pourrait s'avérer être l'un des jours d'élection les plus importants de l'histoire moderne du Népal.

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