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Que sont les nanoplastiques et pourquoi sont-ils partout ?

Des nanoplastiques, fragments de plastique plus petits qu'une bactérie, ont été découverts dans les océans, le sang et même le cerveau humain. Voici comment ils se forment, où ils finissent et ce que la science sait de leurs risques.

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Redakcia
5 min de lecture
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Que sont les nanoplastiques et pourquoi sont-ils partout ?

Le problème invisible du plastique

Pendant des années, les scientifiques ont eu du mal à rendre compte de tout le plastique que l'humanité a jamais produit. Des millions de tonnes pénètrent dans les océans chaque année, mais les études de surface n'ont cessé d'être insuffisantes. Le mystère est maintenant résolu, et la réponse est troublante. Une grande partie de ce plastique n'a jamais disparu. Il s'est brisé en particules si petites qu'elles sont devenues invisibles pour les instruments conventionnels. Ces fragments, appelés nanoplastiques, se mesurent en milliardièmes de mètre et se trouvent désormais dans l'eau de mer, l'air, la nourriture, le sang humain et même les tissus cérébraux.

Que sont exactement les nanoplastiques ?

Les nanoplastiques sont des fragments de polymères synthétiques plus petits qu'un micromètre (1 000 nanomètres), plus petits que la plupart des bactéries. Ils se forment lorsque des objets en plastique plus grands se dégradent sous l'effet de la lumière du soleil (photodégradation), de la chaleur, de l'abrasion physique et de l'altération chimique. Une bouteille d'eau jetée, une veste en polyester effilochée ou un pneu qui s'effrite se décomposent progressivement en microplastiques, puis en nanoplastiques. Certains nanoplastiques sont également libérés directement pendant les processus de fabrication et par des produits de consommation comme les cosmétiques et les peintures.

En raison de leur taille minuscule, les nanoplastiques se comportent différemment des débris plus importants qui s'échouent sur les plages. Ils restent en suspension dans les colonnes d'eau, dérivent dans les courants d'air et, surtout, pénètrent dans les membranes biologiques qui bloquent les particules plus grosses.

27 millions de tonnes dans l'Atlantique Nord seulement

Une étude de 2026 menée par des chercheurs de l'université d'Utrecht a révélé la présence de nanoplastiques à chaque endroit et à chaque profondeur échantillonnés dans l'Atlantique Nord, estimant à environ 27 millions de tonnes la pollution par les nanoplastiques dans ce seul bassin océanique. Les concentrations étaient les plus élevées près de la surface (environ 18 milligrammes par mètre cube), mais des quantités importantes ont atteint le fond de l'océan profond. Les résultats suggèrent que les nanoplastiques pourraient représenter une part plus importante de la pollution plastique totale des océans, en masse, que les débris visibles flottant à la surface.

À l'intérieur du corps humain

Les nanoplastiques pénètrent dans l'organisme par trois voies principales : l'ingestion d'aliments et d'eau contaminés, l'inhalation de particules en suspension dans l'air provenant de textiles et de pneus synthétiques, et l'absorption cutanée. Une fois à l'intérieur, leur petite taille leur permet de franchir les barrières qui arrêtent les particules plus grosses.

Une étude marquante publiée dans Nature Medicine a révélé que les concentrations de micro- et nanoplastiques dans les tissus cérébraux humains étaient 7 à 30 fois supérieures à celles des échantillons de foie ou de rein. Les particules, principalement du polyéthylène, le plastique le plus courant au monde, se présentaient sous forme de fragments nanométriques ressemblant à des éclats. Des études sur des animaux montrent que les particules de taille nanométrique peuvent atteindre le cerveau dans les deux heures suivant l'ingestion en traversant la barrière hémato-encéphalique, un exploit que les particules de plastique plus grosses ne peuvent pas réaliser.

Quels sont les risques pour la santé ?

La recherche n'en est qu'à ses débuts, et les scientifiques soulignent que la présence de nanoplastiques dans les tissus ne prouve pas automatiquement qu'ils sont nocifs. Cependant, des études en laboratoire et sur des animaux ont soulevé plusieurs signaux d'alarme :

  • Inflammation et stress oxydatif : les nanoplastiques peuvent déclencher des réponses immunitaires et endommager les cellules par le biais d'espèces réactives de l'oxygène.
  • Auto-stoppeurs chimiques : leur grande surface attire les polluants organiques persistants tels que les PCB, les dioxines et les perturbateurs endocriniens comme le BPA, ce qui pourrait transporter des toxines en profondeur dans les tissus.
  • Problèmes de reproduction : des nanoplastiques ont été détectés dans les tissus placentaires et la progéniture de mammifères, ce qui suggère qu'ils peuvent traverser la barrière placentaire.
  • Résistance aux antibiotiques : certaines recherches indiquent que les nanoplastiques dans l'eau peuvent renforcer les bactéries, ce qui soulève des inquiétudes quant à la résistance aux antimicrobiens.

Une analyse publiée dans The Lancet Planetary Health note des liens potentiels avec des troubles métaboliques, cardiovasculaires, respiratoires et neurologiques, mais souligne que les relations de cause à effet n'ont pas encore été établies chez l'homme.

Pourquoi la détection a-t-elle pris autant de temps ?

Les nanoplastiques ont échappé aux scientifiques pendant des décennies parce que les méthodes d'échantillonnage standard les filtraient. Les filets utilisés pour les études océaniques ont généralement des mailles de 300 micromètres, soit des centaines de fois plus grandes qu'une particule de nanoplastique. Seuls les progrès récents des techniques telles que la pyrolyse, la chromatographie en phase gazeuse et la spectrométrie de masse, ainsi que la spectroscopie Raman, ont permis d'identifier et de quantifier ces particules de manière fiable.

Quelles sont les prochaines étapes ?

Grâce à l'amélioration de la technologie de détection, les chercheurs se précipitent pour répondre à la question essentielle : à quelle concentration les nanoplastiques deviennent-ils dangereux pour la santé humaine ? Des études épidémiologiques à grande échelle sont en cours, et les organismes de réglementation commencent à prendre en compte les nanoplastiques aux côtés des microplastiques dans la politique environnementale. En attendant ces réponses, la science pointe dans une direction inconfortable : le plastique ne disparaît pas. Il devient juste plus petit.

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