Fico et Orbán exigent une inspection de Druzhba, Kiev refuse
La Slovaquie et la Hongrie ont créé une commission d'enquête conjointe sur l'oléoduc Druzhba et pressent Kiev d'autoriser une inspection du site endommagé. Zelensky refuse l'accès aux inspecteurs, mais invite Fico en Ukraine, sans pour autant résoudre la question de l'accès.
Commission d'enquête sans accès au site
Le Premier ministre slovaque, Robert Fico, et le Premier ministre hongrois, Viktor Orbán, se sont accordés sur la création d'une commission d'enquête conjointe chargée d'examiner les dommages causés à l'oléoduc Druzhba sur le territoire ukrainien. Cette déclaration commune fait suite à un appel téléphonique vendredi, au cours duquel les deux dirigeants ont qualifié la position de Kiev d'inacceptable. Orbán a déclaré que Zelensky « mentait » et a accusé Kiev de refuser toute vérification sur place. Fico a proposé que la Commission européenne fasse également partie de la commission, en tant qu'arbitre indépendant du différend.
La Slovaquie et la Hongrie sont les seuls pays de l'Union européenne qui importent encore du pétrole russe, principalement via l'oléoduc Druzhba. L'interruption des approvisionnements a donc directement affecté leur industrie de raffinage.
Un mois sans pétrole : une controverse sur les causes de l'interruption
L'oléoduc Druzhba a cessé ses livraisons le 27 janvier 2026 après une attaque contre l'infrastructure dans la ville de Brody, dans la région de Lviv. Kiev affirme que l'installation a été touchée par un drone russe. La Slovaquie et la Hongrie rejettent cette explication et parlent d'un « blocus pétrolier », c'est-à-dire d'un arrêt délibéré des livraisons pour des raisons politiques, accusant Zelensky d'être à l'origine de la crise.
La Slovaquie a déclaré l'état d'urgence pétrolière le 18 février et a débloqué 250 000 tonnes de ses réserves stratégiques. Environ 9 millions de tonnes de pétrole russe transitent chaque année par Druzhba vers les raffineries du groupe MOL, ce qui représente environ quatre milliards d'euros par an pour le Kremlin. Fico accuse à plusieurs reprises Zelensky de mentir et a déclaré qu'il n'avait pas l'impression que Kiev souhaitait reprendre le transit.
Zelensky invite Fico, mais refuse l'accès aux inspecteurs
Lors d'un appel téléphonique le 27 février, le président Volodymyr Zelensky a invité Fico à une réunion personnelle directement en Ukraine. Fico a accepté l'invitation sous conditions, mais a souligné qu'il préférait une réunion sur le territoire d'un État membre de l'UE : « Je préfère une réunion avec le président ukrainien sur le territoire d'un État membre de l'UE », a déclaré le Premier ministre slovaque.
La question clé de l'inspection est restée en suspens. Fico a déclaré que Zelensky avait invoqué l'avis des services secrets ukrainiens et avait refusé d'autoriser une visite d'experts sur le site endommagé. Zelensky a déclaré qu'il ne servait à rien de réparer Druzhba, car la Russie détruisait et menaçait à plusieurs reprises les équipes de réparation qui tentaient d'accéder au site.
L'UE sous pression : 90 milliards d'euros en jeu
La Hongrie a bloqué l'approbation d'un paquet d'aide de 90 milliards d'euros de l'UE à l'Ukraine, ainsi que le 20e paquet de sanctions contre la Russie, conditionnant les deux vetos à la reprise des livraisons via Druzhba. Selon l'agence Politico, la Commission européenne envisage de promettre à la Hongrie la reprise des livraisons en échange du retrait de son veto. Le ministre hongrois des Affaires étrangères, Péter Szijjártó, a qualifié l'ensemble de la situation de chantage de la part de Kiev.
La CE a, entre-temps, demandé à l'Ukraine d'accélérer les travaux de réparation et a proposé une solution alternative : le pétrole pourrait être acheminé vers la Hongrie et la Slovaquie par l'oléoduc croate Adria depuis le port d'Omišalj. La Commission a assuré qu'il n'y avait pas de risque immédiat pour l'approvisionnement des deux pays, car ils disposent de réserves stratégiques.
Impasse diplomatique
Le différend sur Druzhba est devenu l'un des exemples les plus flagrants de tensions entre certains États membres de l'UE et Kiev depuis le début de l'invasion russe. Fico et Orbán insistent sur une inspection comme condition à de nouvelles négociations, mais Kiev ne cède pas et rejette ce qu'il considère comme des exigences politiquement motivées. Tant que les parties ne se seront pas mises d'accord sur l'accès des experts, la reprise des livraisons de pétrole, et avec elle le déblocage de l'aide européenne, restera hors de portée.