Flambée des prix des engrais : la sécurité alimentaire menacée
Les prix des engrais ont grimpé de 2,4 % début 2026, sous l'effet de la flambée des coûts de l'énergie, de la nouvelle taxe carbone aux frontières de l'UE et d'une crise qui s'aggrave rapidement dans le détroit d'Ormuz, ce qui menace la sécurité alimentaire mondiale et fait grimper l'inflation alimentaire dans le monde entier.
Une convergence de pressions
Le secteur agricole mondial est confronté à un nouveau choc : les prix des engrais ont augmenté de 2,4 % au cours des premières semaines de 2026, ce qui marque un net revirement par rapport à la stabilisation observée à la fin de l'année dernière. Cette flambée, due à la convergence de pressions exercées par les marchés de l'énergie, la réglementation européenne et une crise géopolitique qui s'aggrave au Moyen-Orient, menace de faire grimper les coûts de production alimentaire et d'aggraver l'inflation alimentaire dans le monde entier.
Cette flambée des prix n'est pas le résultat d'une cause unique. Trois forces ont convergé simultanément pour ébranler les marchés mondiaux des engrais, laissant les agriculteurs, les décideurs politiques et les importateurs de produits alimentaires à la recherche de solutions.
Énergie, réglementation et sanctions
Le gaz naturel représente 70 à 80 % du coût variable de la production d'ammoniac, la base des engrais azotés. Les prix du gaz naturel américain au Henry Hub ont augmenté de 16 % en glissement annuel en janvier 2026, tandis que les prix dans certaines régions de l'hémisphère nord ont augmenté encore plus fortement. Les prix de référence de l'urée ont reflété ces turbulences, passant d'environ 350 à 430 dollars la tonne en seulement trois semaines.
La pression réglementaire a aggravé le problème. Le mécanisme d'ajustement carbone aux frontières (MACF) de l'Union européenne est entré dans sa phase définitive le 1er janvier 2026, imposant des coûts carbone sur les importations d'engrais dans le bloc. Rabobank estime que cette taxe augmentera les prix de l'urée d'environ 8 %, tandis que la France prévoit une augmentation d'environ 25 % pour son secteur agricole. L'Italie et la France ont conjointement adressé une requête à la Commission européenne début janvier pour obtenir une exemption, mettant en garde contre un grave préjudice concurrentiel pour les agriculteurs européens.
Une troisième couche de pression est venue de la géopolitique. Les sanctions en cours sur le potassium biélorusse et les exportations d'engrais russes ont limité l'offre et intégré une prime de risque persistante sur les marchés mondiaux. L'Iran, l'un des trois principaux fournisseurs d'urée, fait l'objet d'un examen renouvelé que les négociants ont intégré dans les contrats à terme.
Le facteur Ormuz
Un risque nouveau et potentiellement décisif est apparu fin février. Suite aux frappes militaires américano-israéliennes sur l'Iran, la crise du détroit d'Ormuz de 2026 a effectivement interrompu le trafic maritime dans l'un des points de passage maritimes les plus critiques au monde. Le coût du transport de pétrole brut du Moyen-Orient vers la Chine a bondi de 94 % en quelques jours. Les analystes ont averti qu'une fermeture prolongée pourrait faire grimper le prix du Brent à 100 à 120 dollars le baril.
Pour les marchés des engrais, les conséquences seraient graves. La hausse des prix du pétrole et du gaz gonflerait directement le coût de la production d'engrais azotés, tandis que les déviations de transport via le Cap de Bonne-Espérance augmenteraient les coûts de livraison partout dans le monde. La Banque mondiale a désigné les pays tributaires des importations, en particulier en Afrique subsaharienne et en Asie du Sud, comme les plus vulnérables aux chocs d'approvisionnement de ce type.
La sécurité alimentaire en jeu
Les prix des engrais sont un indicateur avancé des prix des produits alimentaires. Les répercussions sont déjà visibles : l'inflation alimentaire a augmenté de 1,3 % en janvier 2026, et les analystes avertissent que la situation pourrait se détériorer davantage si les perturbations d'Ormuz persistent.
La Banque mondiale avait prévu un léger repli de l'indice des prix agricoles en 2026, mais ces prévisions sont antérieures à la crise d'Ormuz et à l'impact du MACF sur les prix. Les perspectives semestrielles de Rabobank sur les engrais prévoient désormais une baisse de la demande mondiale d'engrais, car la faible accessibilité financière met les agriculteurs sous pression, en particulier les petits exploitants des pays en développement qui disposent de la plus faible marge de manœuvre financière.
Si les chocs actuels s'avèrent durables, les conséquences pour la sécurité alimentaire dans les pays tributaires des importations pourraient être graves, menaçant un équilibre mondial fragile déjà mis à rude épreuve par des années de crises cumulées.