La Chine interdit les exportations vers 40 entreprises japonaises de défense
Pékin a placé 20 entreprises japonaises sur une liste noire de contrôle des exportations et 20 autres sur une liste de surveillance, coupant leur accès aux terres rares et aux matériaux à double usage, ce qui intensifie les tensions concernant le renforcement militaire du Japon et sa politique à l'égard de Taïwan.
Une frappe économique calculée
Le ministère chinois du Commerce a annoncé le 24 février 2026 qu'il restreignait les exportations à double usage vers 40 entités japonaises : 20 ont été placées sur une liste noire pure et simple et 20 ont été ajoutées à une nouvelle liste de surveillance exigeant des licences d'exportation au cas par cas. Cette mesure représente l'utilisation la plus directe par Pékin de son arsenal de contrôle des exportations contre Tokyo, et les représailles économiques les plus larges depuis que le Japon a entamé son expansion militaire historique.
Les entreprises figurant sur la liste noire sont immédiatement interdites d'importer des marchandises chinoises figurant sur la liste de contrôle des produits à double usage de Pékin, soit environ 1 100 articles couvrant des matériaux, des composants et des technologies ayant des applications à la fois civiles et militaires. Les entreprises figurant sur la liste de surveillance sont confrontées à une charge différente : les exportateurs chinois doivent déposer des demandes de licence individuelles, des rapports d'évaluation des risques et des engagements écrits que les articles fournis n'atteindront pas les Forces d'autodéfense japonaises.
Qui est touché
L'interdiction totale d'exportation cible les principaux piliers de la base industrielle de défense du Japon. Les unités de Mitsubishi Heavy Industries – couvrant la construction navale et la production de moteurs d'avion – sont parmi les plus touchées. Kawasaki Heavy Industries, Fujitsu et IHI Corporation figurent également sur la liste noire. La liste de surveillance englobe un plus large éventail d'entreprises, notamment Subaru Corporation, Itochu Aviation, Mitsubishi Materials Corporation et l'Institut des sciences de Tokyo.
Les matériaux critiques en question comprennent les terres rares moyennes et lourdes – dysprosium, samarium, gadolinium, terbium, yttrium et lutétium – qui jouent un rôle mineur mais irremplaçable dans les moteurs à réaction, les missiles guidés, les systèmes de propulsion navale et l'électronique grand public. La Chine contrôle environ 60 % de la capacité mondiale de raffinage des terres rares, ce qui confère à Pékin un levier important.
Taïwan, point de friction
Les restrictions ne sont pas apparues dans le vide. Pékin intensifie la pression économique sur Tokyo depuis novembre 2025, lorsque la Première ministre japonaise Sanae Takaichi a déclaré publiquement qu'une attaque militaire chinoise contre Taïwan pourrait constituer une « menace existentielle » pour le Japon et pourrait justifier une réponse militaire japonaise – un écart important par rapport à la position traditionnellement prudente du Japon à l'égard de Taïwan.
Le ministère chinois du Commerce a présenté les mesures de février comme « entièrement légitimes, raisonnables et légales », visant à freiner ce qu'il a appelé la « remilitarisation et les ambitions nucléaires » du Japon. Le Japon est sur une trajectoire historique de dépenses de défense depuis 2022, doublant son budget de défense pour atteindre l'objectif de l'OTAN de 2 % du PIB d'ici 2027.
La réaction furieuse de Tokyo
La réaction du Japon a été rapide et inhabituellement directe. Le secrétaire général adjoint du Cabinet, Kei Sato, a qualifié les mesures d'« absolument inacceptables » et de « déplorables ». Tokyo a déposé une protestation diplomatique formelle, convoquant le chef de mission adjoint de la Chine, Shi Yong, et exigeant la levée immédiate des contrôles. Le ministère japonais des Affaires étrangères a qualifié les restrictions de contraires aux normes commerciales internationales et a mis en garde contre les conséquences pour les relations économiques bilatérales.
Conséquences sur la chaîne d'approvisionnement
Les analystes préviennent que les conséquences économiques plus larges pourraient s'étendre bien au-delà des entreprises ciblées. La banque d'investissement Nomura estime que si les restrictions chinoises sur les terres rares persistent pendant trois mois, le Japon pourrait absorber des pertes d'environ ¥660 milliards, soit environ 0,11 % du PIB annuel. Les secteurs de l'automobile et de l'aérospatiale sont les plus exposés, compte tenu de leur forte dépendance aux aimants et aux composants à base de terres rares.
Plusieurs entreprises touchées ont cherché à minimiser leur exposition directe au commerce avec la Chine, mais les restrictions créent des maux de tête en matière de conformité et d'approvisionnement qui se répercutent sur des chaînes d'approvisionnement mondiales complexes. Le Japon, les États-Unis et les nations alliées ont accéléré les efforts de diversification des terres rares depuis que la Chine a imposé des restrictions à l'exportation plus tôt en 2010 et 2023, mais la substitution complète de l'approvisionnement chinois reste à des années.
Une nouvelle phase dans la rivalité indo-pacifique
La liste noire des produits à double usage marque un tournant qualitatif dans les relations sino-japonaises. Alors que les tensions précédentes étaient centrées sur les différends territoriaux en mer de Chine orientale et les griefs historiques, Pékin déploie désormais la politique industrielle comme un levier géopolitique, à l'image des tactiques utilisées contre la Corée du Sud en 2017 et l'Australie en 2020. Pour Washington et ses partenaires indo-pacifiques, cet épisode renforce l'urgence de construire des chaînes d'approvisionnement résilientes et indépendantes de la Chine pour les matériaux de défense critiques.