Négociations nucléaires Iran-États-Unis à Genève : Accord ou frappe ?
Les États-Unis et l'Iran ont tenu un troisième cycle de négociations nucléaires à haut risque à Genève le 26 février, alors que Washington déployait sa plus grande force militaire au Moyen-Orient depuis des décennies et imposait de nouvelles sanctions à Téhéran.
Troisième cycle à Genève : des progrès prudents
Les États-Unis et l'Iran ont conclu leur cycle de négociations nucléaires le plus intense à ce jour à Genève le 26 février, les deux parties revendiquant des avancées, mais aucun accord final en vue. Le ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araghchi, qui dirigeait la délégation de Téhéran, a qualifié ce cycle de "plus long et plus sérieux" jusqu'à présent et a déclaré que de "très bons progrès" avaient été réalisés tant sur le plan nucléaire que sur celui des sanctions. Un haut responsable américain a qualifié la session de "positive", bien que les négociateurs américains aient été déçus par les positions iraniennes lors de la session du matin.
Les pourparlers, menés sous la médiation d'Oman et tenus à la résidence de l'ambassadeur d'Oman auprès des Nations unies à Genève, ont été dirigés du côté américain par l'envoyé spécial Steve Witkoff et le conseiller présidentiel Jared Kushner. M. Araghchi a annoncé que les discussions techniques se déplaceraient à Vienne, au siège de l'Agence internationale de l'énergie atomique, la semaine prochaine, et qu'un quatrième cycle de pourparlers au niveau politique suivrait peu après.
Pression maximale : sanctions et armada
L'engagement diplomatique s'est déroulé dans un contexte de démonstration de force militaire américaine sans précédent. Selon le Military Times, le Pentagone a rassemblé la plus grande concentration de navires de guerre et d'avions américains au Moyen-Orient depuis des décennies : deux groupes aéronavals, dont les USS Abraham Lincoln et USS Gerald R. Ford, 16 navires de guerre de surface et plus de 100 avions de combat, dont des F-35, des F-22 et des F-16. L'ampleur de ce déploiement rivalise avec celui de cinq porte-avions qui a précédé l'invasion de l'Irak en 2003.
Le président Donald Trump a été, comme à son habitude, direct. Mettant en garde contre de "mauvaises choses" si l'Iran ne parvient pas à un accord, il a décrit une "Armada massive" se dirigeant vers la région et a suggéré que des options militaires, allant de frappes ciblées à des opérations plus larges, restaient sur la table. Le vice-président JD Vance a adopté un ton légèrement plus doux, affirmant que Washington préférait "l'option diplomatique" et que toute action militaire ne se transformerait pas en une guerre régionale prolongée.
Un jour seulement avant le début des pourparlers de Genève, le département du Trésor a annoncé de nouvelles sanctions ciblant 12 navires et de nombreuses entreprises et personnes impliquées dans les exportations de pétrole et l'acquisition d'armes par l'Iran. Le secrétaire au Trésor, Scott Bessent, a déclaré que l'Iran "exploitait les systèmes financiers pour vendre du pétrole illicite" et financer ses programmes d'armement nucléaire et conventionnel.
Ce que chaque partie veut
Les divergences dans les négociations restent importantes. Washington fait pression pour que l'Iran abandonne le développement d'armes nucléaires, fasse des concessions sur son programme de missiles balistiques et réduise son soutien aux mandataires militants à travers le Moyen-Orient. Téhéran, pour sa part, insiste sur le fait que l'enrichissement de l'uranium doit se poursuivre sur le sol iranien sous la supervision de l'AIEA et exige la levée de toutes les sanctions américaines et des résolutions du Conseil de sécurité des Nations unies. Une source iranienne a déclaré à NBC News que la "clé de tout accord" est un allègement complet des sanctions.
Le Guide suprême iranien a déclaré que son pays ne poursuivrait pas la fabrication d'armes nucléaires, mais le vice-président américain Vance a déclaré aux journalistes que Washington avait constaté des preuves que l'Iran tentait de reconstruire une arme nucléaire, une allégation que Téhéran dément.
Enjeux : pétrole, stabilité et ordre mondial
L'issue de ces pourparlers aura d'énormes conséquences. Un échec pourrait déclencher des frappes sur des sites nucléaires iraniens, déstabiliser le golfe Persique et faire grimper les prix du pétrole. Un accord, à l'inverse, pourrait assouplir les sanctions, réintégrer l'Iran dans les marchés mondiaux de l'énergie et remodeler l'équilibre régional des puissances. Les analystes notent que le renforcement militaire lui-même, le plus important dans la région depuis plus de deux décennies, témoigne du sérieux avec lequel Washington considère son échéance, que Trump a fixée à environ dix à quinze jours.
Avec les équipes techniques qui se rendent maintenant à Vienne et un quatrième cycle attendu dans les prochains jours, la fenêtre de la diplomatie reste ouverte, mais étroite.