Le PAM avertit : l'aide alimentaire à la Somalie pourrait s'arrêter en avril
Le Programme Alimentaire Mondial des Nations Unies avertit qu'il pourrait être contraint de cesser toute aide alimentaire et nutritionnelle à la Somalie d'ici avril 2026, faute de 95 millions de dollars de nouveaux financements urgents, laissant 4,4 millions de personnes confrontées à une faim de niveau de crise sans filet de sécurité.
Un système au bord de la rupture
Le Programme Alimentaire Mondial (PAM) des Nations Unies tire la sonnette d'alarme : sans nouveaux financements immédiats, son aide alimentaire et nutritionnelle vitale à la Somalie pourrait s'arrêter net d'ici avril 2026. L'agence recherche de toute urgence 95 millions de dollars pour maintenir ses opérations entre mars et août, une somme dont elle ne dispose pas actuellement.
Les conséquences, préviennent les responsables, seraient catastrophiques. Le PAM a déjà été contraint de réduire considérablement sa portée au cours de l'année écoulée, en diminuant le nombre de personnes recevant une aide alimentaire d'urgence de 2,2 millions au début de 2025 à un peu plus de 600 000 aujourd'hui, ne soutenant qu'une personne sur sept ayant besoin d'une aide alimentaire pour survivre. Les programmes de nutrition pour les femmes enceintes et allaitantes et les jeunes enfants ont été réduits de près de 400 000 bénéficiaires en octobre 2025 à seulement 90 000 en décembre.
L'ampleur de la souffrance
La Somalie est aux prises avec l'une des crises humanitaires les plus complexes au monde. Selon le PAM, environ 4,4 millions de personnes, soit un quart de la population, sont confrontées à une insécurité alimentaire de niveau de crise ou pire, et près d'un million souffrent d'une faim aiguë et sévère. La crise touche 74 districts, a déplacé plus de 200 000 personnes et a tué ou affaibli plus de deux millions de têtes de bétail.
Le déclencheur immédiat est la succession de saisons des pluies manquées. Les régions du nord ont subi une quatrième saison des pluies consécutive manquée, avec des précipitations inférieures de 60 % à la moyenne. Le cabinet somalien a déclaré l'état d'urgence nationale en raison de la sécheresse le 6 février 2026, ordonnant à tous les organismes gouvernementaux de donner la priorité aux secours et d'introduire des exonérations fiscales sur les importations liées à l'aide.
Le conflit aggrave la crise
L'échec climatique à lui seul n'explique pas la profondeur de la souffrance en Somalie. L'insurrection menée par al-Shabaab, la plus puissante filiale africaine d'al-Qaïda, restreint sévèrement l'accès humanitaire dans de vastes régions du pays. Les couloirs d'aide le long du fleuve Shabelle et dans les régions de Hiraan et de Galgaduud sont confrontés à des perturbations chroniques dues aux attaques d'engins explosifs improvisés, aux points de contrôle et aux embuscades, ce qui fait grimper les coûts et retarde les livraisons aux communautés les plus vulnérables.
Le Rapport mondial 2026 de Human Rights Watch fait état de pertes civiles continues dues aux attaques d'al-Shabaab et aux opérations militaires, ce qui aggrave les déplacements et érode les moyens de subsistance. L'instabilité politique compromet davantage la capacité de l'État à coordonner les efforts de secours.
Un repli du financement mondial
La crise est sous-tendue par une forte réduction du financement international des opérations humanitaires dans le monde entier. La situation du PAM en Somalie reflète un repli plus général : l'agence a averti que six de ses opérations mondiales essentielles sont confrontées à d'importantes ruptures de chaîne d'approvisionnement. En Somalie, cette réduction a été brutale : le soutien qui atteignait autrefois des millions de personnes ne couvre plus qu'une fraction de celles qui en ont besoin.
"Si notre aide, déjà réduite, prend fin, les conséquences humanitaires, sécuritaires et économiques seront dévastatrices, et leurs effets se feront sentir bien au-delà des frontières de la Somalie." — Ross Smith, Directeur de la préparation et de la réponse aux situations d'urgence du PAM
Les agences des Nations Unies et les partenaires humanitaires ont lancé un Plan de réponse et de besoins humanitaires pour 2026, qui vise à obtenir 852 millions de dollars pour fournir des services essentiels à 2,4 millions de Somaliens parmi les plus vulnérables, un chiffre qui reste une fraction de ce qu'exige l'ampleur réelle de la crise.
Une famine évitée de justesse - et de nouveau menacée
Les enjeux sont historiquement fondés. En 2022, la Somalie a vacillé au bord de la famine en raison d'une grave sécheresse. Les donateurs internationaux se sont mobilisés et le PAM a intensifié ses opérations à temps pour éviter une famine massive. La crise actuelle ressemble beaucoup à ce moment-là, mais cette fois, la réponse en matière de financement ne s'est pas concrétisée au même rythme.
Le PAM et ses partenaires humanitaires appellent les donateurs à agir avant avril, date à laquelle les chaînes d'approvisionnement alimentaire devraient être épuisées. Pour les 4,4 millions de Somaliens qui vivent déjà au bord de la survie, cette échéance n'est pas une étape administrative, mais une question de vie ou de mort.