Les États-Unis sanctionnent l'armée rwandaise pour son soutien aux rebelles du M23 au Congo
L'administration Trump a sanctionné la Force de défense rwandaise et quatre hauts commandants pour avoir soutenu les rebelles du M23 dans l'est de la RDC, défiant les Accords de Washington signés en décembre 2025 et aggravant une catastrophe humanitaire qui a déplacé des millions de personnes.
Washington punit Kigali pour le conflit au Congo
Les États-Unis ont sanctionné l'ensemble de la Force de défense rwandaise et quatre de ses plus hauts commandants militaires lundi, accusant Kigali d'alimenter l'un des conflits les plus dévastateurs d'Afrique, au mépris flagrant d'un accord de paix négocié par Trump.
Sanctions et cibles
L'Office of Foreign Assets Control du département du Trésor a désigné la Rwanda Defence Force (RDF) comme entité sanctionnée, ainsi que quatre de ses hauts responsables : le chef d'état-major de la défense, Mubarakh Muganga, le chef d'état-major de l'armée, Vincent Nyakarundi, le commandant de la 5e division d'infanterie, le major général Ruki Karusisi, et le commandant des forces d'opérations spéciales, Stanislas Gashugi.
Selon le département d'État, la RDF a déployé des milliers de soldats dans l'est de la République démocratique du Congo, où ils combattent aux côtés du Mouvement du 23 mars (M23), un groupe rebelle lui-même sous sanctions américaines depuis 2013. Les forces rwandaises ont introduit des systèmes de brouillage GPS, des drones et du matériel de défense aérienne sur le champ de bataille, et ont formé des combattants du M23 dans des centres militaires situés au Rwanda.
Un accord de paix rompu
Ces sanctions interviennent quelques semaines seulement après que le président Trump a personnellement présidé à la signature des Accords de Washington pour la paix et la prospérité en décembre 2025, un accord historique entre le président de la RDC, Félix Tshisekedi, et le président rwandais, Paul Kagame. Quelques jours après cette cérémonie à la Maison Blanche, les forces du M23 soutenues par le Rwanda ont capturé la ville congolaise d'Uvira, signalant que l'accord s'était déjà effondré sur le terrain.
« Le Trésor utilisera tous les outils à sa disposition pour s'assurer que les parties aux Accords de Washington respectent leurs obligations », a déclaré le secrétaire au Trésor, Scott Bessent, exigeant le retrait immédiat des troupes, des armes et du matériel rwandais de l'est de la RDC.
Depuis, le M23 a étendu son emprise sur l'est du Congo, s'emparant des capitales provinciales de Goma et de Bukavu, ainsi que de sites miniers stratégiques riches en or et en coltan, des minéraux essentiels à la chaîne d'approvisionnement mondiale en électronique.
Catastrophe humanitaire
Le conflit a créé l'une des crises humanitaires les plus aiguës au monde. Plus de sept millions de personnes ont été déplacées à travers la RDC, selon l'agence des Nations unies pour les réfugiés. Le Programme alimentaire mondial estime que plus de 25 millions de Congolais sont confrontés à une grave insécurité alimentaire. Des fosses communes contenant 171 corps ont été récemment découvertes près d'Uvira à la suite de l'avancée du M23 dans la ville.
Kigali riposte, Kinshasa applaudit
Le gouvernement rwandais a rapidement rejeté les sanctions. La porte-parole Yolande Makolo a qualifié ces mesures d'« injustes » et a accusé Washington de déformer les faits du conflit, arguant que le Congo avait lui-même violé des accords par des attaques de drones. Pourtant, l'ambassadeur du Rwanda lui-même avait précédemment reconnu une « coordination de sécurité » avec le M23, ce qui complique les démentis de Kigali.
Le gouvernement congolais a salué cette décision comme « un signal fort en faveur du respect » de son intégrité territoriale et de sa souveraineté.
Une mesure rare et énergique
Sanctionner l'ensemble d'une force de défense nationale – plutôt que seulement des acteurs individuels – est une mesure diplomatique exceptionnellement sévère. Elle place le Rwanda dans une catégorie généralement réservée aux régimes parias, ce qui pourrait entraîner le gel d'actifs importants, la restriction des transferts d'armes et l'isolement de Kigali des partenariats militaires occidentaux. Les analystes considèrent cette mesure comme un signal de Washington indiquant qu'il déploiera des outils économiques coercitifs en Afrique après des années de désengagement – mais la question de savoir si cette pression modifiera les conditions sur le terrain pour des millions de Congolais déplacés reste ouverte et urgente.