Santé

Ozempic : des bénéfices inattendus contre la dépression

Une vaste étude suédoise publiée dans The Lancet Psychiatry révèle que le sémaglutide (Ozempic) réduit de 42 % les besoins en soins psychiatriques, ouvrant un débat sur l'élargissement de ses indications en France.

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Redakcia
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Ozempic : des bénéfices inattendus contre la dépression

Une étude suédoise de grande envergure

Les médicaments à base de GLP-1, initialement conçus pour traiter le diabète de type 2, pourraient révolutionner la prise en charge des troubles psychiatriques. Une étude nationale publiée en mars 2026 dans The Lancet Psychiatry par des chercheurs du Karolinska Institutet (Suède), de l'Université de Finlande orientale et de l'Université Griffith (Australie) démontre que le sémaglutide — principe actif de l'Ozempic et du Wegovy — est associé à une réduction significative des symptômes dépressifs et anxieux.

L'étude a suivi plus de 95 000 patients diagnostiqués avec une dépression ou un trouble anxieux, dont 22 480 utilisateurs de médicaments GLP-1, via les registres nationaux suédois entre 2009 et 2022. Les résultats sont frappants : durant les périodes de traitement au sémaglutide, les besoins en soins psychiatriques ont chuté de 42 % par rapport aux périodes sans traitement.

Des chiffres qui interpellent

Les bénéfices observés touchent plusieurs dimensions de la santé mentale :

  • Dépression : réduction de 44 % des arrêts maladie et hospitalisations
  • Anxiété : baisse de 38 % des consultations et soins hospitaliers
  • Addictions : diminution de 47 % des problèmes liés à l'usage de substances

Parmi les autres agonistes du GLP-1 étudiés, le liraglutide a montré une réduction plus modeste de 18 %, tandis que l'exénatide et le dulaglutide n'ont pas présenté d'effets significatifs. Le sémaglutide se distingue donc nettement.

Un mécanisme qui dépasse la perte de poids

Les chercheurs soulignent que ces effets ne s'expliquent pas uniquement par l'amélioration de l'image corporelle. Les récepteurs GLP-1 sont largement distribués dans le cerveau et modulent la libération de sérotonine, dopamine et glutamate — des neurotransmetteurs essentiels à la régulation de l'humeur. Les agonistes du GLP-1 possèdent également des propriétés anti-inflammatoires et antioxydantes susceptibles de réduire la neuroinflammation associée aux troubles psychiatriques, comme le détaille une revue publiée dans PMC.

Un débat relancé en France

En France, l'Ozempic est remboursé à 30 % par la Sécurité sociale, mais uniquement pour le diabète de type 2. Depuis février 2025, un formulaire de prescription renforcée est obligatoire, afin de lutter contre le mésusage à des fins amaigrissantes. L'Assurance Maladie affirme avoir réduit le taux de mésusage à seulement 0,2 %.

Ces nouvelles données psychiatriques pourraient toutefois relancer le débat sur l'élargissement des indications thérapeutiques. Si les bénéfices sur la dépression et l'anxiété se confirment dans des essais cliniques randomisés, la question du remboursement pour des indications psychiatriques se posera inévitablement.

Prudence nécessaire

Les experts appellent à la prudence. Il s'agit d'une étude observationnelle, qui ne prouve pas de lien de causalité. Par ailleurs, des signalements d'effets indésirables psychiatriques existent également, incluant des cas de dépression aggravée et de pensées suicidaires. Des essais cliniques ciblant spécifiquement les populations psychiatriques sont donc indispensables avant toute extension d'indication.

La demande mondiale pour ces médicaments dépasse déjà largement les capacités de production de Novo Nordisk. Toute nouvelle indication thérapeutique aggraverait les tensions d'approvisionnement, posant un dilemme éthique entre accès au traitement et élargissement des prescriptions.

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