Seize nations boycottent les Jeux paralympiques en raison du retour du drapeau russe
Seize pays et l'UE ont boycotté la cérémonie d'ouverture des Jeux paralympiques d'hiver de 2026 à Milan-Cortina, protestant contre la décision du CIP d'autoriser les athlètes russes et biélorusses à concourir sous leurs drapeaux nationaux pour la première fois depuis 2014.
Une cérémonie assombrie par la politique
Les Jeux paralympiques d'hiver de 2026 ont débuté à Vérone le vendredi 6 mars, lors de ce qui aurait dû être une célébration du sport d'élite adapté. Au lieu de cela, la cérémonie a été marquée par l'absence. Seize nations – dont l'Ukraine, la France, l'Australie, la République tchèque, l'Estonie, la Finlande, la Lettonie, la Lituanie, la Pologne, l'Autriche, la Roumanie et le Royaume-Uni – ont boycotté le défilé des nations pour protester contre une décision qui a divisé le mouvement paralympique : le retour de la Russie et de la Biélorussie sous leurs propres drapeaux nationaux.
Seuls 45 athlètes environ, sur plus de 600 participants, ont pris part au défilé de la cérémonie. Les spectateurs présents dans l'arène ont accueilli la délégation russe avec des huées audibles lors de son passage – le signe le plus visible de l'opposition publique à une décision controversée qui a jeté une longue ombre sur ces Jeux.
La décision contestée du CIP
Le Comité international paralympique (CIP) a voté lors de son assemblée générale de septembre 2025 en faveur de la réintégration de la Russie et de la Biélorussie en tant que nations participantes à part entière, revenant ainsi sur une politique d'exclusion en vigueur depuis l'invasion de l'Ukraine en 2022. Une décision ultérieure du Tribunal arbitral du sport (TAS) en décembre 2025 a confirmé cette décision, ouvrant la voie à six athlètes russes et quatre athlètes biélorusses pour participer au ski alpin, au ski de fond et au snowboard – des sports régis par la Fédération internationale de ski (FIS), et non directement par le CIP.
Il est essentiel de noter que ces athlètes n'apparaîtraient pas en tant que neutres. Ils défileraient et concourraient sous leurs drapeaux, hymnes et emblèmes nationaux – une première depuis les Jeux olympiques d'hiver de Sotchi 2014.
Le président du CIP, Andrew Parsons, a défendu cette décision, arguant que la participation sportive « n'était pas liée à la participation à des guerres » et que le mouvement paralympique offrait aux athlètes « une seconde chance ». Le CIP a présenté cette politique comme une séparation des sportifs individuels de la politique de l'État.
Une condamnation généralisée
Cet argument a trouvé peu d'écho auprès de nombreux gouvernements et comités nationaux paralympiques. Le commissaire européen Glenn Micallef a été direct dans son rejet : « Tant que la guerre d'agression de la Russie contre l'Ukraine se poursuit, je ne peux pas soutenir la réintégration de symboles, drapeaux, hymnes et uniformes nationaux qui sont inséparables de ce conflit. »
Le président ukrainien Volodymyr Zelensky a qualifié cette décision de « sale » et d'incompatible avec les valeurs européennes. Les responsables sportifs ukrainiens ont annoncé qu'ils boycotteraient la cérémonie d'ouverture et d'autres événements officiels, tout en autorisant les athlètes ukrainiens à participer afin de ne pas les pénaliser.
Selon UNITED24 Media, la France et l'Australie se sont jointes au boycott dans les derniers jours précédant la cérémonie, portant à 16 le nombre de nations non participantes, l'UE ayant également renoncé à l'événement au niveau institutionnel.
Une ligne de fracture qui s'accentue dans le sport mondial
Cette impasse reflète une tension plus large et non résolue dans le sport international : comment les organes directeurs doivent-ils réagir lorsque des États membres mènent une guerre ? La position du CIP – selon laquelle le sport et la politique doivent être séparés – fait écho aux arguments avancés par le CIO, mais les critiques estiment qu'elle est moralement intenable lorsque les drapeaux nationaux servent de symboles explicites de régimes activement engagés dans une agression militaire.
Comme l'a noté The Conversation, les Jeux de 2026 sont devenus un point de friction non seulement en ce qui concerne la Russie et la Biélorussie, mais aussi en ce qui concerne la participation d'Israël – illustrant comment les conflits géopolitiques entraînent de plus en plus la gouvernance sportive dans un territoire qu'elle a historiquement tenté d'éviter.
Inside The Games a rapporté que le CIP n'avait aucune intention de revenir sur sa décision malgré le boycott croissant, insistant sur le fait que la décision était définitive et juridiquement contraignante suite à l'arbitrage du TAS.
Les Jeux se poursuivent – mais le débat n'est pas résolu
Les compétitions elles-mêmes se déroulent comme prévu sur les sites alpins de Cortina d'Ampezzo et sur les pistes de ski de fond près de Milan. Les athlètes des nations qui boycottent participent toujours – les gouvernements ont choisi la protestation symbolique plutôt que l'exclusion des athlètes.
Pourtant, cet épisode a mis en évidence de profondes fractures au sein de la gouvernance paralympique. La guerre en Ukraine ne montrant aucun signe de fin, la question de savoir combien de temps le sport international peut maintenir sa prétention à la neutralité politique – et à quel prix moral – ne risque pas de disparaître.