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Comment les papes choisissent leur nom – et pourquoi c'est important

Chaque nouveau pape choisit un nom symbolique lors de son élection. Cette tradition remonte à près de 1 500 ans, et chaque choix envoie un signal délibéré quant à la direction que prendra la papauté.

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Redakcia
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Comment les papes choisissent leur nom – et pourquoi c'est important

Un nom qui signale une papauté

Lorsque la fumée blanche s'échappe de la cheminée de la chapelle Sixtine et qu'un nouveau pape se présente au balcon de la basilique Saint-Pierre, l'une des premières choses que le monde apprend est le nom qu'il a choisi. Ce n'est pas son nom de naissance. Depuis 1555, chaque pape a adopté un nouveau titre lors de son élection – une tradition qui remonte à près de 1 500 ans et qui revêt une profonde signification symbolique.

Le choix est entièrement personnel. Il n'existe aucune règle écrite, aucun droit canonique et aucun critère formel régissant la manière dont un pape choisit son nom. Pourtant, la sélection n'est jamais anodine. Elle est largement considérée comme la première déclaration publique du nouveau pontife – un signal de ceux qu'il entend imiter et des priorités qui définiront son règne.

Comment la tradition a commencé

Pendant les cinq premiers siècles du christianisme, les papes ont simplement conservé leurs noms de baptême. Cela a changé en 533 apr. J.-C., lorsqu'un prêtre romain nommé Mercurius a été élu à la papauté. Mal à l'aise de porter le nom d'un dieu païen, il est devenu Jean II – le premier pape à adopter un nouveau nom, choisissant d'honorer son prédécesseur martyr Jean Ier.

La pratique est devenue courante au Xᵉ siècle. En 983, Pierre Canepanova fut élu pape mais choisit le nom de Jean XIV plutôt que de devenir Pierre II, établissant un tabou non écrit qui persiste à ce jour. Le dernier pape à avoir conservé son nom de naissance fut Marcel II en 1555. Depuis lors, chaque pontife a choisi un nom de règne.

Ce qui motive le choix

La plupart des papes choisissent le nom d'un prédécesseur dont ils souhaitent poursuivre l'héritage. Selon le Washington Post, la sélection reflète souvent un message théologique et politique délibéré adressé au monde catholique.

Quelques exemples marquants illustrent cette tendance :

  • Jean-Paul Ier (1978) a combiné les noms de ses deux prédécesseurs immédiats, Jean XXIII et Paul VI, signalant une continuité avec le Concile Vatican II réformateur. Il fut le premier pape depuis Lando en 913 à introduire un nom papal entièrement nouveau.
  • Benoît XVI (2005) a choisi d'honorer à la fois Benoît XV, un pape de la paix pendant la Première Guerre mondiale, et saint Benoît de Nursie, le père du monachisme occidental.
  • François (2013) est devenu le premier pape à porter ce nom, honorant saint François d'Assise et sa vie de pauvreté et d'humilité – un signal clair de ses priorités pastorales.
  • Léon XIV (2025) a choisi son nom d'après le pape Léon XIII, qui a défendu les droits des travailleurs pendant la révolution industrielle, suggérant un intérêt pour la justice sociale.

Les noms les plus – et les moins – populaires

Jean arrive en tête des noms papaux avec 23 utilisations, suivi de Grégoire et Benoît (16 chacun), Clément (14), Innocent (13) et Pie (12). Ensemble, ces six noms représentent environ la moitié de tous les papes de l'histoire.

Par ailleurs, des noms bibliques courants comme Joseph, Jacques, André et Luc n'ont jamais été choisis. Les spécialistes notent qu'ils sont peut-être considérés comme trop ordinaires – ou trop étroitement associés à des apôtres spécifiques – pour la fonction unique de la papauté.

Le nom qu'aucun pape ne prendra

L'absence la plus frappante est celle de Pierre II. Aucun pape n'a jamais osé adopter le nom de l'apôtre que le Christ a choisi comme premier chef de son Église. La tradition catholique soutient que prendre le nom de Pierre serait considéré comme extraordinairement présomptueux – une revendication implicite de se tenir aux côtés de l'original.

La superstition renforce le tabou. La Prophétie des papes, attribuée à saint Malachie du XIIe siècle, décrit un dernier pape appelé Petrus Romanus – Pierre le Romain – qui guidera l'Église à travers ses derniers jours. Qu'elle soit prise au sérieux ou non, la prophétie a donné au nom une aura apocalyptique qu'aucun cardinal n'a été disposé à tester.

Plus qu'un nom

Dans une institution qui mesure son histoire en millénaires, le choix d'un nom papal est un rare moment d'expression personnelle au sein d'une tradition rigide. Il relie le nouveau pape à ses prédécesseurs, signale sa vision à 1,3 milliard de catholiques et, parfois – comme avec François ou Léon XIV – annonce que quelque chose de nouveau est sur le point de commencer.

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