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Crise humanitaire à Gaza : 17 organisations contestent l'interdiction israélienne de mars

Dix-sept organisations humanitaires internationales, dont MSF, Oxfam et Save the Children, ont saisi la Cour suprême israélienne pour bloquer une interdiction, prévue pour le 1er mars, qui les expulserait de Gaza et de Cisjordanie, menaçant de faire s'effondrer les soins médicaux pour plus de deux millions de Palestiniens.

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Redakcia
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Crise humanitaire à Gaza : 17 organisations contestent l'interdiction israélienne de mars

Un compte à rebours vers la crise

À quelques jours d'une échéance imposée par le gouvernement, dix-sept grandes organisations humanitaires se sont précipitées mardi devant la Cour suprême israélienne pour obtenir une injonction d'urgence afin de bloquer l'expulsion prévue de Gaza et de la Cisjordanie occupée. L'interdiction, qui doit entrer en vigueur le 1er mars 2026, menace de priver le territoire d'une grande partie de son infrastructure médicale et alimentaire restante, en pleine guerre.

Des règles d'enregistrement inacceptables pour les organisations humanitaires

La confrontation remonte à la Résolution gouvernementale n° 2542, approuvée par Israël en décembre 2024, qui exigeait que toutes les organisations internationales fournissant une assistance humanitaire aux résidents palestiniens s'enregistrent auprès du ministère israélien des Affaires de la diaspora et de la lutte contre l'antisémitisme avant le 31 décembre 2025, sous peine de cesser leurs activités le 1er mars.

La procédure d'enregistrement exige que les organisations communiquent les noms, les coordonnées et les données opérationnelles de leur personnel palestinien. Les groupes concernés, dont Médecins Sans Frontières (MSF), Oxfam, le Conseil norvégien pour les réfugiés, Save the Children et CARE, refusent catégoriquement de s'y conformer, arguant que le partage des listes de personnel mettrait en danger les employés dans une zone de conflit active, violerait la neutralité humanitaire et pourrait enfreindre les lois européennes sur la protection des données.

"Transformer les organisations humanitaires en un bras de collecte d'informations pour une partie au conflit est en totale contradiction avec le principe de neutralité", a plaidé un requérant devant le tribunal, comme l'a rapporté Al Jazeera.

Des centaines de travailleurs humanitaires ont déjà été tués lors de frappes israéliennes depuis le début de la guerre, ce qui fait de la demande de listes de personnel une question de vie ou de mort, selon les organisations.

Le coût humain de l'interdiction

L'ampleur des dommages potentiels est stupéfiante. Les organisations soutiennent collectivement plus de la moitié de toute l'aide alimentaire à Gaza, exploitent 60 % des hôpitaux de campagne du territoire et gèrent tous les centres de stabilisation traitant les enfants souffrant de malnutrition aiguë sévère. Plus de 2 millions d'habitants, soit la grande majorité de la population de Gaza, dépendent de ces groupes pour la nourriture, l'eau, les soins de santé et l'abri, après que plus de deux ans de guerre ont détruit une grande partie de l'infrastructure du territoire.

Selon les données de l'ONU citées par Human Rights Watch, les conséquences immédiates de l'interdiction comprendraient la fermeture d'un établissement de santé sur trois, la perte d'accès à des soins mensuels spécialisés pour 20 000 patients et l'effondrement complet des services de détection de la malnutrition. Le chef de mission de MSF à Gaza, Filipe Ribeiro, a déclaré à l'AFP que la pression avait déjà commencé : "Nous n'avons pas pu faire entrer de personnel international à Gaza depuis le début du mois de janvier."

La défense d'Israël et la réfutation des groupes de défense des droits

Le COGAT israélien, l'organisme militaire qui supervise les affaires civiles à Gaza, affirme que les organisations qui perdent leurs licences représentent moins de 1 % de l'aide totale entrant sur le territoire, et que plus de 20 groupes s'y sont déjà conformés et continueront à opérer. Tel Aviv présente les exigences d'enregistrement comme une mesure de lutte contre le terrorisme destinée à prévenir les liens entre les organisations humanitaires et les groupes militants.

Human Rights Watch a rejeté ce cadre. "La politisation par Israël des exigences d'enregistrement pour les groupes d'aide entrave leurs activités vitales, tandis que les autorités israéliennes continuent d'imposer un blocus paralysant et illégal à Gaza", a déclaré la chercheuse Michelle Randhawa dans l'analyse de la situation de HRW.

Une tendance à la réduction de l'espace humanitaire

Cette décision fait suite à l'interdiction de l'UNRWA, l'agence des Nations unies pour les réfugiés palestiniens, au début de l'année 2025. Les organisations de défense des droits et les responsables de l'ONU affirment que les nouvelles restrictions imposées aux ONG représentent une continuation de cette politique, qui consiste à réduire systématiquement l'empreinte humanitaire à Gaza alors que le conflit entre dans sa troisième année.

Le gouvernement israélien avait jusqu'à mercredi après-midi pour répondre à la requête déposée devant le tribunal. La question de savoir si le pouvoir judiciaire israélien agira pour suspendre l'interdiction ou autorisera le maintien de la date limite du 1er mars déterminera si les groupes d'aide peuvent maintenir les hôpitaux en activité et les enfants en vie dans l'une des situations d'urgence humanitaire les plus graves au monde.

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