Économie

Fin du charbon et du gaz russe : la République tchèque à l'aube d'une transition énergétique majeure

Le groupe énergétique Sev.en fermera trois centrales à charbon d'ici le printemps 2027, tandis que le président Pavel exclut tout retour au gaz russe. La République tchèque est confrontée à un double défi : se détourner du charbon et réduire sa dépendance au gaz naturel russe, alors que l'UE interdit progressivement les importations de ce dernier à partir de 2026.

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Redakcia
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Fin du charbon et du gaz russe : la République tchèque à l'aube d'une transition énergétique majeure

Sev.en met trois centrales à l'arrêt : la fin du charbon brun se profile

Le groupe énergétique Sev.en du milliardaire Pavel Tykač a annoncé la fermeture des centrales à charbon de Chvaletice, Počerady et de la centrale thermique de Kladno, au plus tard en mars 2027. La raison est sans équivoque : de lourdes pertes économiques. Sev.en Česká energie a enregistré une perte nette de 2,1 milliards de couronnes l'année dernière ; un an plus tôt, la perte était presque trois fois plus élevée. La hausse des prix des quotas d'émission, la chute des prix de gros de l'électricité et l'essor des énergies renouvelables ont littéralement asphyxié l'exploitation du charbon brun.

Actuellement, environ 800 personnes travaillent dans ces trois usines, et environ deux fois plus d'emplois dépendent de ces centrales dans la chaîne d'approvisionnement. La fermeture aura des conséquences régionales importantes, notamment dans les régions de Bohême centrale et d'Ústí nad Labem.

Les experts du secteur se veulent toutefois rassurants : l'arrêt de ces sources d'énergie ne devrait pas compromettre immédiatement la fiabilité de l'approvisionnement en électricité. Ces dernières années, la République tchèque a considérablement renforcé ses capacités de transport transfrontalières et développe les énergies renouvelables. Néanmoins, les analystes soulignent qu'en 2027, la République tchèque deviendra un importateur net d'électricité, une première dans l'histoire moderne.

Pavel : pas de retour au gaz russe

Le président Petr Pavel a souligné à plusieurs reprises que la République tchèque n'avait en aucun cas l'intention de revenir à l'achat de matières premières énergétiques russes. Cette position s'inscrit dans un cadre européen plus large : en janvier 2026, le Conseil de l'UE a approuvé un règlement sur l'interdiction progressive des importations de gaz russe et de GNL, entré en vigueur en mars 2026.

Le GNL russe spot est immédiatement interdit, tandis que les contrats à long terme pour le gazoduc peuvent rester valables jusqu'au 30 septembre 2027. Pour la République tchèque, qui n'importait pas formellement de gaz russe, il s'agit davantage d'un signal géopolitique que d'une restriction commerciale directe. La réalité est cependant plus complexe : en 2025, le gaz russe représentait encore environ 13 % des importations européennes, dont une partie transitait par des intermédiaires commerciaux vers l'Europe centrale.

Un double défi et la question du remplacement

La République tchèque est donc confrontée à une situation sans précédent : elle abandonne à la fois le charbon national et le gaz naturel russe comme source de secours. L'alternative devrait être le GNL provenant des champs norvégiens, du golfe Persique ou des États-Unis. ČEZ et le ministère de l'Industrie ont réservé des capacités dans les terminaux GNL d'Eemshaven aux Pays-Bas et de Stade en Allemagne, mais ce dernier ne sera pleinement opérationnel qu'au troisième trimestre 2027.

Un filet de sécurité existe donc, mais le marché mondial du GNL est instable. Toute perturbation, qu'il s'agisse des livraisons qataries ou des tensions dans les eaux du Moyen-Orient, se répercute immédiatement sur les prix de gros du gaz dans toute l'Europe.

L'énergie nucléaire comme pilier stratégique

Le gouvernement d'Andrej Babiš a présenté l'énergie nucléaire comme un pilier essentiel de la stabilisation du mix énergétique tchèque. Le contrat de construction de deux nouvelles unités à Dukovany avec la société KHNP a été signé en 2025 pour 407 milliards de couronnes. Les nouvelles unités devraient être mises en service en 2036 et 2037, mais c'est encore un avenir lointain.

Entre-temps, la République tchèque devra gérer une période de transition au cours de laquelle elle abandonnera les combustibles fossiles plus rapidement que les alternatives ne seront matures. L'accélération de la construction de sources d'énergie renouvelables, le développement du stockage d'énergie et la gestion efficace des transports transfrontaliers seront essentiels pour que la transition énergétique n'entraîne ni coupures ni chocs de prix pour les ménages et l'industrie.

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