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La Cour administrative suprême polonaise ordonne l'enregistrement des mariages homosexuels contractés dans l'UE

La Cour administrative suprême a statué le 20 mars 2026 que les bureaux d'état civil polonais doivent enregistrer les actes de mariage des couples de même sexe contractés dans d'autres pays de l'UE, mettant en œuvre un arrêt de la CJUE de novembre 2025.

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Redakcia
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Décision historique de la Cour administrative suprême

Le vendredi 20 mars 2026, la Cour administrative suprême a rendu un arrêt historique, ordonnant au bureau d'état civil de Varsovie de transcrire un acte de mariage étranger d'un couple de même sexe. Le juge Leszek Kirnaszek a souligné que « les citoyens ont le droit d'attendre une efficacité juridique » en ce qui concerne leur état civil. Le bureau a reçu 30 jours pour inscrire le mariage dans les registres polonais.

L'affaire concernait deux hommes – un citoyen polonais et une personne ayant la double nationalité polono-allemande – qui s'étaient mariés à Berlin en 2018. Depuis 2019, ils demandaient en vain la transcription de l'acte en Pologne, se heurtant à plusieurs reprises à un refus de la part des autorités administratives.

L'arrêt de la CJUE comme fondement

La décision de la Cour administrative suprême constitue une mise en œuvre directe de l'arrêt de la Cour de justice de l'Union européenne du 25 novembre 2025 dans l'affaire Cupriak-Trojan et Trojan contre le Voïvode de Mazovie (C-713/23). La CJUE avait alors estimé que le refus d'enregistrer les mariages homosexuels contractés dans un autre État membre violait l'art. 21 du traité sur le fonctionnement de l'UE, qui garantit la libre circulation et le droit à une vie familiale normale.

Le Tribunal a statué sans équivoque : les États membres doivent traiter les actes de mariage étrangers des couples de même sexe de la même manière que les actes de mariage hétérosexuels – indépendamment de la législation nationale concernant la définition du mariage.

Ce que la décision signifie en pratique

La décision n'introduit pas l'égalité totale du mariage en Pologne – les couples de même sexe ne peuvent toujours pas contracter de mariage sur le territoire national. Elle débloquera cependant un certain nombre de droits pour les couples qui se sont mariés à l'étranger :

  • droit de séjour et de travail du conjoint,
  • accès à la sécurité sociale,
  • droits fiscaux et successoraux,
  • protection découlant du droit du travail.

Selon les estimations des organisations non gouvernementales, la décision pourrait concerner 30 à 40 000 mariages contractés par des citoyens polonais à l'étranger. Marie-Hélène Ludwig d'ILGA-Europe a qualifié la décision de « victoire pour de nombreux couples de même sexe en Pologne, qui ont été privés de la reconnaissance de leur mariage pendant des années ».

Tempête politique

La décision a immédiatement suscité de vives réactions politiques. La plénipotentiaire du gouvernement pour l'égalité, Katarzyna Kotula, a souligné que l'enregistrement des actes étrangers « ne nécessite pas de modifications législatives » – il suffit que les autorités appliquent le droit de l'Union.

En revanche, le vice-président du PiS, Mariusz Błaszczak, a qualifié la décision de « menace réelle » et d'« attaque contre la famille », annonçant le dépôt d'une requête auprès du Tribunal constitutionnel. Le député Przemysław Czarnek a fait valoir que « l'on ne peut pas enregistrer quelque chose qui n'existe pas », invoquant l'art. 18 de la Constitution polonaise, qui définit le mariage comme l'union d'un homme et d'une femme.

La Cour administrative suprême a toutefois répondu à cet argument, déclarant que la disposition constitutionnelle relative au mariage ne constitue pas un obstacle absolu à la reconnaissance d'un mariage homosexuel contracté dans un autre État membre de l'UE. La controverse sur l'interprétation de la Constitution façonnera certainement le débat public polonais dans les mois à venir.

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