RDC : découverte de 171 corps dans des fosses communes après le retrait des rebelles du M23
Les autorités de la République démocratique du Congo ont découvert deux fosses communes contenant au moins 171 corps à la périphérie d'Uvira, une ville récemment abandonnée par le groupe rebelle M23, ce qui accentue les inquiétudes concernant les atrocités commises dans l'une des pires crises humanitaires au monde.
Une ville abandonnée, une horreur révélée
Lorsque les rebelles du M23 ont annoncé leur retrait de la ville congolaise d'Uvira, dans l'est du pays, la semaine dernière, ils ont qualifié cette décision de "mesure unilatérale de confiance" visant à faciliter un processus de paix sous l'égide des États-Unis. Ce qu'ils ont laissé derrière eux raconte une autre histoire. Les autorités congolaises ont découvert deux fosses communes à la périphérie de la ville, contenant au moins 171 corps, dernière preuve en date de la violence systématique dans un conflit qui a déjà brisé des millions de vies.
Ce que les fosses ont révélé
Le gouverneur du Sud-Kivu, Jean-Jacques Purusi, a annoncé la découverte le vendredi 27 février. Les fosses ont été découvertes dans les quartiers de Kiromoni et de Kavimvira, à la périphérie d'Uvira, une ville portuaire située sur la rive nord-ouest du lac Tanganyika, près de la frontière burundaise.
Environ 30 corps ont été extraits du site de Kiromoni. La deuxième fosse, à Kavimvira, contenait 141 victimes. Selon le gouverneur et des groupes de la société civile locale, les morts ont été pris pour cible par des combattants du M23 qui les soupçonnaient d'être des membres de l'armée congolaise ou de milices progouvernementales affiliées.
Le Secrétariat exécutif du Réseau local de protection des civils, un groupe régional de surveillance, a également documenté les découvertes, bien que ses représentants aient été empêchés par l'armée congolaise d'accéder physiquement aux sites d'enfouissement. La vérification indépendante de la responsabilité directe du M23 est toujours en cours.
Un schéma de violence au Sud-Kivu
Le groupe rebelle M23, soutenu par le Rwanda selon des experts des Nations unies et des gouvernements occidentaux, a mené une campagne accélérée de conquête territoriale dans l'est de la RDC. Après s'être emparé de Goma, la capitale de la province du Nord-Kivu, en janvier 2025, et de Bukavu, la capitale du Sud-Kivu, le mois suivant, le M23 a déferlé sur Uvira en décembre 2025. Cette offensive à elle seule a tué plus de 1 500 personnes et forcé environ 300 000 habitants à fuir, selon les autorités régionales.
Le retrait déclaré des rebelles d'Uvira a été présenté comme un geste en faveur de la paix. En pratique, ce repli a mis en lumière ce qui se passait à l'intérieur de la ville pendant leur occupation.
La catastrophe humanitaire plus large
Les fosses communes sont le dernier chapitre de ce que les Nations unies ont qualifié de l'une des crises humanitaires les plus graves au monde. Le conflit dans l'est de la RDC a déplacé plus de sept millions de personnes, un chiffre qui rivalise avec les crises de déplacement créées par les guerres au Soudan et en Syrie. Des milliers de personnes ont été tuées. L'accès à l'aide reste extrêmement limité dans de nombreuses provinces.
Les pourparlers de paix, négociés en partie par Washington, ont abouti à des cessez-le-feu que ni l'un ni l'autre camp n'a systématiquement respectés. La découverte des fosses complique les efforts diplomatiques et soulève des questions urgentes quant à la responsabilité des crimes de guerre présumés.
La pression internationale s'intensifie
Les organisations de défense des droits de l'homme documentent depuis longtemps les abus commis tant par le M23 que par les forces alignées sur le gouvernement congolais. L'ampleur des fosses d'Uvira, cependant, est susceptible de relancer les appels à une enquête internationale indépendante. L'Union africaine et les Nations unies ont toutes deux appelé à la fin des hostilités, mais les mécanismes d'application restent faibles.
Pour des millions de civils congolais, les fosses communes rappellent cruellement que les négociations politiques et les retraits symboliques ne signifient pas grand-chose lorsque les preuves d'atrocités continuent de faire surface dans le sol sous leurs pieds.