Économie

Babiš sabre dans la défense : la République tchèque sous les 2 % du PIB, l'OTAN met la pression

Le Parlement tchèque a approuvé le budget 2026, qui alloue seulement 1,7 % du PIB à la défense, bien en deçà de l'objectif de l'OTAN. Le président Pavel met en garde contre une perte de confiance des alliés, tandis que la coalition gouvernementale insiste sur d'autres priorités.

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Redakcia
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Babiš sabre dans la défense : la République tchèque sous les 2 % du PIB, l'OTAN met la pression

Le Parlement approuve le budget, mais la défense en pâtit

Le Parlement tchèque a approuvé le budget de l'État pour 2026 par un vote serré de 104 voix contre 87, donnant le feu vert à des dépenses de défense d'environ 155 milliards de couronnes, soit 1,73 % du produit intérieur brut. Cela place la République tchèque en conflit direct avec l'engagement de l'OTAN : les États membres se sont engagés lors du sommet de La Haye en 2025 à atteindre 5 % du PIB d'ici 2035, le minimum de base des dépenses de défense restant à 2 %.

Le Premier ministre Andrej Babiš a défendu cette décision en invoquant le déficit des finances publiques hérité du gouvernement précédent et d'autres priorités politiques, notamment la santé. « C'est le maximum possible », a déclaré Babiš. Sa coalition gouvernementale comprend le mouvement ANO, la Liberté et la Démocratie directe (SPD) et les Motoristes, dont la rhétorique penche vers l'euroscepticisme et le rejet du soutien continu à l'Ukraine.

Pavel met en garde : nous perdrons la confiance de nos alliés

Le président Petr Pavel, lui-même un général de l'armée chevronné, a exhorté à plusieurs reprises les législateurs à augmenter le budget de la défense. « Les États ne peuvent pas puiser dans la sécurité commune au détriment des autres », a souligné Pavel, avertissant que la réduction des dépenses compromet la position de la République tchèque auprès de ses principaux alliés. Bien qu'il ait exprimé son désaccord, il a indiqué qu'il signerait le budget, estimant que la politique de défense relève de la compétence du gouvernement.

L'ambassadeur américain à Prague, Nicholas Merrick, a ajouté une pression diplomatique depuis l'étranger : « Si la République tchèque ne respecte pas ses engagements, cela affectera l'ensemble de l'alliance. » L'ambassadeur américain auprès de l'OTAN a ensuite appelé tous les alliés à travailler ensemble, en réaction directe au vote tchèque.

Le voyage de Pavel dans les pays baltes : un autre monde, d'autres priorités

Alors que Prague se disputait sur les chiffres du budget, le président Pavel s'est rendu en Lettonie et en Lituanie. Après sa rencontre avec le président lituanien Gitanas Nausėda, Pavel a reconnu avoir acquis une « perspective complètement différente » par rapport au débat national. Dans les États baltes, personne ne discute de l'origine de la menace ni de l'existence même des risques : le soutien à la défense y fait l'objet d'un consensus transpartisan. Nausėda lui-même a déclaré que le refus d'augmenter les budgets de défense sape la confiance dans l'OTAN.

Programme SAFE : des milliards de Bruxelles, mais avec des conditions

Le dispositif européen SAFE (Security Action for Europe), adopté par le Conseil de l'UE en mai 2025, fait écho à la controverse nationale. Il s'agit d'un fonds de 150 milliards d'euros sous forme de prêts bonifiés aux États membres pour des achats d'armements conjoints. La République tchèque s'est vu promettre plus de 2 milliards d'euros, et comme la France, elle a obtenu l'approbation de ses plans de prélèvement sur le SAFE fin février 2026.

Mais les tensions ne viennent pas seulement de l'intérieur : le président polonais Karol Nawrocki a opposé son veto à la participation de la Pologne au mécanisme SAFE, invoquant des craintes de perte de souveraineté. La question de savoir si les États membres de l'UE rempliront réellement les conditions pour bénéficier des fonds, alors qu'ils ne respectent pas l'objectif fondamental de 2 % du PIB, reste ouverte.

Controverse méthodologique : qu'est-ce qui est réellement comptabilisé comme défense ?

Les représentants du gouvernement font valoir que si l'on ajoute aux dépenses du ministère de la Défense les postes pertinents pour la défense provenant d'autres ministères, par exemple du ministère des Transports, la barre des 2 % sera atteinte. Le Conseil budgétaire tchèque a toutefois exprimé des doutes : une partie des dépenses ainsi comptabilisées pourrait ne pas correspondre à la méthodologie de l'OTAN. L'évaluation finale de la conformité aux engagements n'interviendra donc qu'a posteriori.

La controverse sur les dépenses de défense reflète donc une division plus profonde dans la politique tchèque et européenne, entre une vision réaliste des menaces à la sécurité et la pression pour maintenir l'État social dans un contexte de finances publiques tendues. Et à une époque où l'Europe entière réévalue son architecture de sécurité en raison de la guerre en Ukraine et de l'instabilité au Moyen-Orient, la réticence tchèque à payer la facture de la défense résonne bien au-delà des frontières du pays.

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