L'Espagne régularise 500 000 immigrés dans le cadre d'une opération historique
Le gouvernement de Pedro Sánchez approuve un décret royal visant à accorder un titre de séjour légal à plus d'un demi-million de personnes sans papiers vivant déjà en Espagne, dans le cadre de l'initiative migratoire la plus ambitieuse du pays depuis des décennies.
La plus grande opération de régularisation depuis des décennies
Le gouvernement espagnol de Pedro Sánchez a donné son feu vert à la plus grande régularisation massive d'immigrés que l'Espagne ait connue depuis 2005. Par le biais d'un Real Decreto aprobado el 27 de enero de 2026, jusqu'à 500 000 personnes en situation irrégulière pourront accéder à un permis de séjour légal, à condition de remplir une série de conditions fixées par le ministère de l'Inclusion, de la Sécurité sociale et des Migrations.
Qui peut demander la régularisation ?
Pour bénéficier de cette procédure exceptionnelle, les demandeurs doivent avoir résidé en Espagne avant le 31 de diciembre de 2025 et pouvoir justifier d'au moins cinq mois de présence continue dans le pays. De plus, ils ne doivent pas avoir de casier judiciaire ni représenter une menace pour l'ordre public. Les demandeurs d'asile dont les dossiers sont ouverts avant cette même date pourront également bénéficier de cette mesure.
Les demandes seront acceptées entre abril y el 30 de junio de 2026. Ceux qui les présenteront recevront un permis de séjour provisoire valable un an ; une fois ce délai écoulé, ils pourront intégrer les catégories ordinaires du règlement sur l'immigration. Les enfants mineurs des bénéficiaires seront également couverts et recevront un permis de cinq ans.
Un profil majoritairement latino-américain
Le groupe le plus avantagé sera celui des citoyens latino-américains. Selon les données du gouvernement, plus de 760.000 personas en situación irregular viennent d'Amérique latine, la Colombie étant en tête (près de 290 000 cas), suivie du Pérou (110 000) et du Honduras (90 000). Le think tank économique Funcas estime également que le nombre total de personnes en situation irrégulière en Espagne pourrait atteindre 840 000, de sorte que l'impact réel de la mesure pourrait dépasser les projections officielles.
Débat politique : soutien et forte opposition
La mesure a suscité une vive controverse. Le gouvernement affirme que l'Espagne a besoin de main-d'œuvre pour pourvoir les postes vacants et soutenir le système de retraite face au envejecimiento de la población. L'Église catholique espagnole a également soutenu l'initiative, la considérant comme un acte d'humanité et de bon sens dans un contexte international de plus en plus hostile à la migration.
En revanche, le Partido Popular (PP) a qualifié le plan d'aberration et a averti qu'il pourrait submerger les services publics. Son leader, Alberto Núñez Feijóo, a porté ses critiques au niveau européen, soumettant directement la question à Ursula von der Leyen lors du sommet du Parti populaire européen qui s'est tenu à Zagreb.
Bruxelles exprime ses réserves
La Commission européenne a exprimé d'importantes réserves quant à cette mesure. Le commissaire aux Affaires intérieures, Magnus Brunner, s'est présenté devant le Parlement européen pour analyser l'impact de la procédure sur l'espacio Schengen et la politique migratoire communautaire. La principale préoccupation est que les migrants régularisés pourraient circuler librement dans d'autres pays de l'UE jusqu'à 90 jours par période de 180, ce qui créerait des tensions avec d'autres États membres.
Un précédent historique
Ce n'est pas la première fois que l'Espagne recourt à une régularisation massive. En 2005, le gouvernement de José Luis Rodríguez Zapatero a régularisé plus de 570.000 personas indocumentadas, une procédure qui reste le précédent le plus direct de la mesure actuelle. Des chercheurs soulignent que ces initiatives ne sont ni extrêmes ni inédites dans le contexte européen. Avec ce décret, l'Espagne se démarque de la tendance restrictive qui prévaut dans une grande partie de l'Union européenne, en optant pour une politique migratoire qui, selon ses défenseurs, allie humanité et pragmatisme économique.