La Pologne réduit la TVA sur les carburants à 8 % face à un diesel record
Le gouvernement du Premier ministre Tusk a annoncé un plan de réduction des prix des carburants, abaissant la TVA de 23 % à 8 % et réduisant les droits d'accise au minimum autorisé par l'UE. Cette décision intervient alors que le diesel a atteint un niveau record de 8,69 zł le litre. Les automobilistes économiseront plus d'un złoty par litre, mais le budget de l'État perdra 1,6 milliard de złoty par mois.
Le Premier ministre Donald Tusk a annoncé le 26 mars 2026 un plan gouvernemental baptisé « Ceny Paliw Niżej » (CPN), destiné à soulager des millions d'automobilistes polonais. L'élément clé est la réduction du taux de TVA sur les carburants de 23 % à 8 %, ainsi qu'une réduction des droits d'accise de 0,29 zł par litre d'essence et de 0,28 zł par litre de gazole, ramenant ces droits au niveau minimal requis par l'Union européenne.
La décision du gouvernement est une réponse directe à la crise des prix sans précédent observée dans les stations-service. Le 25 mars, le prix moyen national du gazole a atteint 8,69 zł le litre (environ 2,04 EUR), battant le précédent record historique d'octobre 2022. L'essence Pb95 coûtait en moyenne 7,14 zł le litre ce jour-là.
Le détroit d'Ormuz, épicentre de la crise
La cause directe de cette flambée des prix est le conflit armé au Moyen-Orient impliquant les États-Unis et Israël contre l'Iran, qui dure depuis fin février 2026. En représailles, l'Iran a bloqué le détroit d'Ormuz, par lequel transite normalement environ 20 % des approvisionnements mondiaux en pétrole.
Les conséquences ont été immédiates : le prix du pétrole Brent a augmenté de près de 60 % depuis le début du mois de mars, ce qui représente sa plus forte hausse mensuelle de l'histoire. La Pologne, pays fortement dépendant des importations de pétrole, a particulièrement ressenti ce choc.
Combien les automobilistes vont-ils économiser ?
Selon les calculs du gouvernement, la combinaison de la réduction de la TVA et de la réduction des droits d'accise devrait faire baisser le prix du litre d'essence d'environ 1,20 zł, et celui du gazole de 1,35 zł. Les premiers effets sont déjà visibles : depuis le 31 mars, le ministre de l'Énergie a fixé des prix de détail maximaux : essence Pb95 — 6,16 zł/l, essence Pb98 — 6,76 zł/l, gazole — 7,60 zł/l.
Il s'agit d'un changement important, même si les prix restent nettement plus élevés qu'au début de l'année. L'introduction de prix maximaux officiels — une première depuis des années — vise à empêcher les stations-service de gonfler leurs marges de manière spéculative.
Le coût pour le budget de l'État
Le plan CPN n'est pas bon marché. La réduction de la TVA coûtera au budget environ 900 millions de złotys par mois, et la réduction des droits d'accise 700 millions de złotys supplémentaires. Au total, cela représente plus de 1,6 milliard de złotys de pertes mensuelles pour les caisses de l'État.
Les votes sur le paquet de lois à la Diète et au Sénat sont prévus pour vendredi, après quoi ils seront soumis au président Karol Nawrocki. Le Premier ministre Tusk a exprimé l'espoir que les nouvelles règles entreront en vigueur avant Pâques.
Les doutes de la Commission européenne
La position de la Commission européenne suscite la controverse, celle-ci ayant signalé que le droit de l'Union européenne pourrait ne pas autoriser la réduction des taux de TVA sur les carburants en dessous du niveau standard. Le gouvernement polonais fait toutefois valoir que la situation de crise justifie des mesures exceptionnelles, et invoque des précédents datant de la pandémie de COVID-19 et de la crise énergétique de 2022.
Les experts soulignent que l'évolution de la situation dépend avant tout du conflit au Moyen-Orient. Si le détroit d'Ormuz est rouvert, les prix du pétrole pourraient revenir en dessous de 80 dollars le baril, ce qui se traduirait par de nouvelles baisses de prix dans les stations-service polonaises.