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Comment fonctionne le système de partage du pouvoir Muhasasa en Irak

L'Irak divise ses principaux postes gouvernementaux selon des critères ethniques et confessionnels par le biais d'un système informel appelé Muhasasa. Voici comment il fonctionne, pourquoi il a été créé et pourquoi de nombreux Irakiens souhaitent son démantèlement.

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Redakcia
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Comment fonctionne le système de partage du pouvoir Muhasasa en Irak

Un pays divisé par dessein

À chaque fois que l'Irak forme un nouveau gouvernement, la même règle non écrite s'applique : le Premier ministre doit être un Arabe chiite, le président doit être un Kurde et le président du Parlement doit être un Arabe sunnite. Cet arrangement informel, connu sous le nom de Muhasasa (mot arabe signifiant « répartition »), régit la vie politique irakienne depuis la chute de Saddam Hussein en 2003. Il n'est pas inscrit dans la Constitution, mais il façonne chaque élection, chaque cabinet et chaque lutte pour le pouvoir à Bagdad.

Les origines après l'invasion

Le concept a émergé au début des années 1990 parmi les dirigeants de l'opposition irakienne en exil qui envisageaient un État post-Saddam où aucun groupe ne pourrait monopoliser le pouvoir. Après l'invasion menée par les États-Unis en 2003, les administrateurs américains et les politiciens irakiens ont formalisé l'idée en pratique. L'objectif était simple : garantir aux trois principales communautés d'Irak – les Arabes chiites (environ 60 % de la population), les Arabes sunnites (environ 20 %) et les Kurdes (15 à 20 %) – des sièges garantis à la table des négociations.

La Constitution de 2005 a établi l'Irak comme une république parlementaire fédérale, mais elle n'a jamais codifié le système de quotas ethniques. Au lieu de cela, la Muhasasa est devenue une norme politique bien ancrée, distribuant non seulement les trois principaux postes, mais aussi plus de 1 000 postes gouvernementaux de haut niveau selon des critères confessionnels et ethniques, des ministres aux chefs d'agences d'État.

Comment fonctionne la formation du gouvernement

Le processus de formation du gouvernement irakien est notoirement lent. Après les élections législatives, le Conseil des représentants doit d'abord élire un président (sunnite), puis un président (kurde) à la majorité des deux tiers. Le président charge ensuite le chef du plus grand bloc parlementaire de former un cabinet – toujours un politicien chiite – qui dispose de 30 jours pour constituer un gouvernement et obtenir un vote de confiance du Parlement.

En pratique, le processus prend beaucoup plus de temps. Depuis 2003, chaque formation de gouvernement a impliqué des mois de négociations en coulisses entre des dizaines de partis. Le délai le plus court – 131 jours en 2014 – était considéré comme rapide. Le plus long, en 2021-2022, a duré 382 jours avant que Mohammed Shia al-Sudani ne prenne finalement ses fonctions.

Les retards sont structurels. Une décision de la Cour suprême fédérale de 2010 a déterminé que le « plus grand bloc parlementaire » pouvait désigner soit le parti ayant remporté le plus de sièges, soit une coalition constituée après le vote. Cette interprétation a ouvert la porte à des négociations interminables après les élections, récompensant en fait la politique de coulisses au détriment des résultats électoraux.

Pourquoi les critiques veulent son démantèlement

Les défenseurs de la Muhasasa affirment qu'elle empêche une communauté de dominer et a empêché l'Irak de se fracturer complètement. Mais les critiques – et ils représentent désormais la majorité des Irakiens – considèrent le système comme une machine à corruption et à dysfonctionnement.

Étant donné que les postes sont attribués par quotas plutôt que par compétences, les fonctionnaires sont souvent choisis pour leur loyauté envers un chef de parti plutôt que pour leurs qualifications. Les ministères deviennent des fiefs et les budgets publics deviennent des outils de favoritisme. L'Irak figure parmi les pays les plus corrompus du Moyen-Orient, bien qu'il soit l'un des plus grands producteurs de pétrole au monde.

L'ingérence étrangère aggrave le problème. L'Iran et les États-Unis exercent une influence considérable sur la formation du gouvernement, allant parfois jusqu'à opposer leur veto à des candidats. Cette pression extérieure retarde encore le processus et mine la confiance du public dans les institutions démocratiques.

Le soulèvement de Tichrine et les appels au changement

En octobre 2019, des centaines de milliers d'Irakiens – principalement des jeunes, principalement originaires des villes du sud à majorité chiite – sont descendus dans la rue dans ce qui est devenu le Mouvement de Tichrine (Octobre). Leur principale revendication était la fin de la Muhasasa et l'établissement d'un système politique fondé sur la citoyenneté plutôt que sur l'identité confessionnelle.

Les forces de sécurité ont réagi avec une force meurtrière, tuant plus de 600 manifestants et en blessant des milliers. Le mouvement a forcé la démission d'un Premier ministre et la tenue d'élections anticipées, mais le système sous-jacent a survécu. Les élections suivantes ont montré que, bien que la plupart des Irakiens s'opposent à la politique identitaire, les schémas de vote restent communautaires – en partie parce que les règles électorales et la conception institutionnelle continuent de favoriser les partis confessionnels établis.

Un système qui perdure

Le système de Muhasasa irakien reste remarquablement résilient. La recherche universitaire suggère qu'il perdure non pas parce que les élites y croient, mais parce que l'architecture institutionnelle – exigences de supermajorité, parlements fragmentés et pressions extérieures – rend toute alternative presque impossible à mettre en œuvre. Le seuil des deux tiers pour l'élection d'un président, par exemple, force la constitution de coalitions interconfessionnelles, renforçant ainsi la logique de partage du pouvoir même que les manifestants veulent abolir.

Pour l'Irak, le dilemme est clair : un système conçu pour prévenir les conflits est devenu une source d'instabilité chronique, mais son démantèlement risque de libérer les divisions mêmes qu'il a été conçu pour contenir.

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