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Des chercheurs tchèques percent le mystère de la coqueluche dans Science

Des chercheurs de l'Académie des sciences de République tchèque, en collaboration avec des collègues californiens, ont décrit comment la bactérie de la coqueluche utilise la protéine FhaB pour s'ancrer dans les voies respiratoires. Cette découverte ouvre la voie à de nouveaux médicaments et à des vaccins de nouvelle génération.

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Redakcia
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Des chercheurs tchèques percent le mystère de la coqueluche dans Science

Un crochet moléculaire ancré depuis un siècle

Plus d'un siècle après la découverte de la bactérie Bordetella pertussis, la manière exacte dont l'agent responsable de la coqueluche parvient à s'ancrer fermement dans les voies respiratoires humaines restait un mystère. Ce mécanisme clé a été révélé par une équipe de recherche internationale, dans laquelle des scientifiques de l'Institut de microbiologie de l'Académie des sciences de République tchèque ont joué un rôle essentiel. Les résultats de l'étude ont été publiés en février 2026 dans la prestigieuse revue scientifique Science.

La protéine FhaB, un grappin moléculaire

La protéine hémagglutinine filamenteuse (FhaB), le plus grand adhésine de la bactérie Bordetella pertussis, est au cœur de cette découverte. Pendant des décennies, les chercheurs se sont concentrés sur un fragment plus court, dit « mature », de cette protéine, supposant que la longueur totale de la molécule ne jouait pas un rôle essentiel. La nouvelle étude a démontré qu'ils avaient tort.

Les chercheurs ont prouvé que FhaB contient un domaine C-terminal (FhaB-CT), qui est transféré directement dans les cellules des voies respiratoires et s'y lie aux microtubules à l'intérieur de l'appareil ciliaire. La bactérie se fixe d'abord aux extrémités des cils, puis, grâce à FhaB, « descend » jusqu'à la base de l'épithélium cilié, dans un endroit où elle est protégée du mécanisme de nettoyage naturel des voies respiratoires, appelé escalator mucociliaire.

« On ignorait depuis longtemps comment les bactéries s'attachent aux cellules des voies respiratoires. Nous savons maintenant qu'elles utilisent FhaB comme un grappin moléculaire », a décrit le mécanisme Michael Costello, co-auteur de l'étude de l'UC Santa Barbara.

Le rôle clé des chercheurs tchèques

Peter Šebo, Ladislav Bumba, Jana Holubová, Abdul Samad et Ondřej Staněk de l'Institut de microbiologie de l'Académie des sciences de République tchèque à Prague ont participé à la recherche. Le groupe tchèque, qui est l'un des leaders mondiaux dans l'étude des agents pathogènes de Bordetella, a contribué notamment à l'analyse fonctionnelle des domaines protéiques et aux expériences sur des épithéliums nasaux humains. L'étude est le résultat d'une étroite collaboration avec l'équipe de Christopher Hayes de l'Université de Californie à Santa Barbara et des chercheurs de l'UC Irvine.

Un impact direct sur le développement de vaccins et de traitements

Cette découverte a des conséquences pratiques majeures. Les vaccins actuels contre la coqueluche ne ciblent pas le domaine FhaB-CT. Les nouvelles découvertes montrent que cette zone de la protéine est essentielle à l'infection et constitue en même temps un point potentiellement vulnérable de la bactérie. Le blocage de la liaison de FhaB-CT aux microtubules pourrait :

  • empêcher l'ancrage de la bactérie dans les voies respiratoires,
  • servir de base à des vaccins de nouvelle génération avec une durée d'efficacité plus longue,
  • inspirer le développement d'anti-infectieux qui, au lieu de tuer la bactérie, empêcheraient simplement son ancrage.

La coqueluche fait son retour, à l'échelle mondiale et en République tchèque

La recherche intervient à un moment où l'OMS enregistre un retour alarmant de la coqueluche. En 2024, près de 977 000 cas ont été signalés dans le monde, soit environ six fois plus qu'en 2023. Cette augmentation touche également les pays fortement vaccinés : l'Europe a enregistré plus de 296 000 cas et les États-Unis plus de 35 000. Les experts mettent en garde contre l'affaiblissement de l'immunité (waning immunity) – la protection déclinante des vaccins existants – et le déplacement de la maladie vers les groupes d'âge plus avancés.

C'est dans ce contexte que la découverte pragoise prend une urgence particulière : comprendre la base moléculaire de l'infection est la première étape pour arrêter la bactérie avant même qu'elle ne s'installe dans le corps de l'hôte.

Conclusion : une percée après un siècle

La publication dans Science confirme que la microbiologie tchèque fait partie de l'élite mondiale. La révélation de la fonction de FhaB-CT réécrit la vision classique de l'infection par Bordetella pertussis et ouvre une voie réaliste vers des moyens plus efficaces de se protéger contre une maladie qui, même au XXIe siècle, cause des centaines de milliers de maladies graves chaque année.

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