L'Industrial Accelerator Act de l'UE ravive le débat commercial
L'Industrial Accelerator Act de l'UE propose des règles de contenu local "Made in Europe" pour relancer l'industrie verte, mais se heurte à des contestations juridiques de l'OMC et à une forte opposition des États-Unis, du Royaume-Uni et d'États membres divisés.
Un pari longtemps retardé sur l'industrie européenne
Après trois tentatives de lancement infructueuses, la Commission européenne a officiellement dévoilé son Industrial Accelerator Act (IAA) le 25 février 2026 – pièce maîtresse du Pacte industriel propre plus large du bloc. La proposition vise à revitaliser l'industrie lourde européenne, à accélérer la décarbonisation et à réduire les dépendances stratégiques vis-à-vis des fournisseurs non européens. Mais dans son ambition, l'IAA a déjà mis en évidence une tension fondamentale au cœur de la politique commerciale de l'UE : jusqu'où l'Europe peut-elle aller pour protéger ses propres producteurs sans enfreindre les règles qu'elle a contribué à rédiger ?
Ce que propose la loi
L'IAA déploie trois outils principaux. Premièrement, elle introduit des exigences de contenu local "Made in Europe" pour certains produits industriels dans les marchés publics et les programmes de subventions aux consommateurs. Pour les véhicules électriques bénéficiant d'un soutien de l'État, le seuil proposé est de 70 % de composants d'origine européenne ; pour l'aluminium, 25 % ; et pour certains plastiques utilisés dans la construction, 30 %. Ces seuils sont conçus pour canaliser les dépenses publiques vers les producteurs nationaux et créer ce que la Commission appelle des marchés de référence pour les produits européens.
Deuxièmement, la loi établit un label de produit à faible teneur en carbone, couvrant initialement l'acier et le ciment – des secteurs confrontés à une concurrence brutale de la part d'importations à moindre coût et à plus fortes émissions. Troisièmement, elle rationalise les permis pour les projets de décarbonisation industrielle, étendant les dispositions de la loi sur l'industrie à zéro émission nette aux secteurs à forte intensité énergétique, notamment les aciéries passant à la production à base d'hydrogène et les fours à arc électrique.
Le problème du droit commercial
La réaction des partenaires commerciaux a été rapide et hostile. L'ambassadeur des États-Unis auprès de l'UE a explicitement rejeté les préférences en matière de marchés publics, tandis que les responsables britanniques ont averti que le fait de lier les contrats publics aux règles d'origine de l'UE menacerait les chaînes d'approvisionnement profondément intégrées, en particulier dans la fabrication automobile. "Ce n'est pas le moment de toucher à ce qui fonctionne déjà", a déclaré un responsable britannique.
Le problème juridique est fondamental. Le groupe de réflexion basé à Bruxelles Bruegel a été direct dans son analyse :
"Les exigences de contenu local sont interdites en vertu des règles du commerce international."L'UE a des engagements contraignants en vertu de l'accord de l'OMC sur les marchés publics, ainsi que des promesses d'accès préférentiel dans les accords de libre-échange avec le Japon, le Royaume-Uni, la Corée du Sud et d'autres. Toute clause générale d'approvisionnement national exposerait Bruxelles à des contestations juridiques – et probablement à des mesures de rétorsion – de la part de ses alliés.
Bruegel a proposé un cadre alternatif : une approche "Made with Europe" qui renforce les chaînes d'approvisionnement résilientes avec des partenaires de confiance plutôt que d'imposer des mandats nationaux stricts. Le groupe de réflexion a noté que les quatre cinquièmes de la capacité de fabrication de cellules de batterie de l'UE ont été construits par des entreprises coréennes – ce qui signifie que les règles protectionnistes pourraient par inadvertance pénaliser précisément les investissements étrangers dont l'Europe a besoin.
Des divisions internes à l'origine de trois reports
Le parcours difficile de la proposition – initialement prévue pour décembre 2025 – reflète de profonds désaccords au sein même de l'UE. Les États membres nordiques et baltes ont averti que les règles de contenu local pourraient dissuader les investissements et restreindre l'accès aux technologies de pointe. L'Allemagne a plaidé pour une définition plus étroite de la préférence européenne, limitée aux "partenaires partageant les mêmes idées et ayant des engagements réciproques en matière de marchés publics", plutôt qu'un protectionnisme généralisé. Ces batailles non résolues ont contraint la Commission à reporter le lancement à trois reprises avant la publication de février.
Les enjeux pour l'industrie européenne
Derrière la controverse se cache une véritable crise industrielle. La production européenne d'acier a fortement diminué depuis 2021, comprimée par la surcapacité mondiale – en grande partie due aux exportations chinoises – et un écart de coût de l'énergie qui s'est considérablement creusé après l'invasion de l'Ukraine par la Russie. L'IAA est, à la base, un pari que la demande publique ciblée peut débloquer des investissements privés dans des processus industriels plus propres et plus compétitifs.
La question de savoir si ce pari sera payant dépendra de la manière dont la Commission comblera le fossé entre l'ambition industrielle et l'obligation commerciale. La loi est encore confrontée à un long parcours législatif au sein du Parlement européen et du Conseil, où les clauses "Made in Europe" devraient faire l'objet d'une nouvelle révision. Pour l'instant, l'IAA a forcé l'Europe à une conversation attendue – et profondément inconfortable – sur le type de puissance industrielle qu'elle veut être.