La Slovaquie rejette la révision du Règlement sanitaire international de l'OMS : une question de souveraineté
Le 12 mars 2026, le gouvernement slovaque a approuvé le rejet de la révision de 2024 du Règlement sanitaire international de l'OMS, invoquant des préoccupations constitutionnelles et de souveraineté. La communauté médicale et l'opposition mettent en garde contre l'isolement du pays dans le système mondial de préparation aux pandémies.
Le gouvernement approuve le rejet de la révision
Lors de sa réunion du 12 mars 2026, le gouvernement slovaque a approuvé le rejet de la révision de 2024 du Règlement sanitaire international (RSI) de l'Organisation mondiale de la santé (OMS). La date limite pour soumettre une notification formelle de rejet était fixée au 19 mars 2026 – si la Slovaquie ne s'y opposait pas, les réglementations révisées deviendraient contraignantes pour le pays à partir du 19 septembre 2026.
Argument de souveraineté et préoccupations constitutionnelles
Le ministère de la Santé a présenté une proposition de rejet de la révision, invoquant des analyses juridiques de trois facultés de droit slovaques. Ces institutions ont souligné les conflits potentiels entre les réglementations révisées et l'ordre constitutionnel slovaque. Elles ont notamment pointé l'extension des pouvoirs du directeur général de l'OMS, l'acquisition automatique du caractère contraignant des modifications sans ratification parlementaire et les engagements financiers potentiels sans l'accord du Conseil national de la République slovaque.
Le ministre de la Santé, Kamil Šaško, a qualifié la décision du gouvernement de « rejet souple » – une mesure temporaire, en attendant la résolution des questions juridiques nationales, et non une rupture permanente avec la coopération sanitaire internationale. « Nous soutenons sans réserve l'aspect scientifique et de recherche », a souligné M. Šaško. Le ministre de la Justice, Boris Susko, a ajouté que la Slovaquie restait liée par les réglementations RSI originales de 2005 et les cadres de coordination de l'Union européenne, de sorte qu'une isolation internationale du pays n'était pas immédiatement imminente.
Les médecins et les experts tirent la sonnette d'alarme
La communauté médicale a réagi de manière critique. Les facultés de médecine de l'Université Comenius, la Société médicale slovaque et l'Association des médecins privés de Slovaquie ont averti que le rejet de la révision pourrait limiter l'accès de la Slovaquie aux données épidémiologiques, aux médicaments et aux vaccins en cas de future pandémie. « La Slovaquie ne participerait pas à un système qui assure un partage plus rapide des données épidémiologiques et génétiques sur les agents pathogènes et une meilleure coordination internationale pendant les pandémies », ont déclaré les médecins dans une déclaration commune.
Les experts ont également souligné que la Slovaquie n'est pas et ne sera jamais autosuffisante en matière de sécurité biologique. L'Association des médecins privés a critiqué le fait que la décision du gouvernement était fondée exclusivement sur des interprétations juridiques, sans tenir compte de manière adéquate des impacts médicaux et de santé publique sur la population. La clinique universitaire Comenius a recommandé, au lieu d'un rejet, des consultations interministérielles et la recherche de réserves dans le cadre du règlement lui-même.
Opposition : une concession à la désinformation
Les députés de l'opposition ont vivement condamné la décision. Le député du SaS, Tomáš Szalay, l'a qualifiée de « concession à la diffusion de la désinformation ». Les critiques soulignent que la démarche du gouvernement fait écho aux discours qui présentent la révision du RSI comme une tentative de l'OMS de prendre le contrôle des systèmes de santé nationaux – ce que l'OMS et la communauté des experts rejettent fermement.
La Slovaquie n'est pas isolée, mais minoritaire
En rejetant la révision, la Slovaquie rejoint les pays qui n'avaient pas non plus accepté les modifications du RSI de 2022 – outre la Slovaquie, il s'agit de l'Iran, des Pays-Bas et de la Nouvelle-Zélande. La révision de 2024, approuvée par les États membres de l'OMS en mai 2024, visait à renforcer la préparation mondiale aux urgences sanitaires et à accélérer la réponse internationale en cas de nouvelles pandémies.
Malgré les assurances du gouvernement quant au caractère temporaire de la mesure, la question reste de savoir dans quelles conditions et dans quel délai la Slovaquie pourrait éventuellement adopter les réglementations révisées. Les experts en santé appellent à une discussion ouverte à l'échelle de la société, qui tiendrait compte non seulement des aspects juridiques, mais aussi des aspects médicaux et de sécurité.