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Pellegrini souhaite instaurer un état de menace : l'armée ne peut abattre les drones

Le président Pellegrini et le ministre de la Défense Kaliňák proposent d'introduire un nouveau régime de sécurité dans la Constitution, un état de menace, qui permettrait de déployer l'armée même sans déclaration d'état de guerre. L'opposition réagit avec prudence.

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Redakcia
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Pellegrini souhaite instaurer un état de menace : l'armée ne peut abattre les drones

La Slovaquie dépourvue d'outil juridique pour se défendre contre les drones

Le président Peter Pellegrini, conjointement avec le ministre de la Défense Robert Kaliňák, proposent d'introduire dans la Constitution slovaque un nouvel instrument de sécurité : l'état de menace. Il s'agit d'une étape intermédiaire entre l'état de paix et l'état de guerre, qui fait défaut dans la législation actuelle. Cette initiative fait suite à la visite du président auprès du chef d'état-major général Daniel Zmeko, où les forces armées ont ouvertement reconnu une lacune importante dans le cadre juridique.

Le cœur du problème est alarmant : si un drone ennemi pénétrait aujourd'hui dans l'espace aérien slovaque, l'armée n'aurait pas le droit de l'abattre. Le ministre Kaliňák a confirmé que le système de défense aérienne Mantis, déployé à l'aéroport de Prešov, agirait en violation de la loi en cas de menace réelle. En effet, la Constitution slovaque ne reconnaît que l'état de paix, l'état d'urgence, l'état d'exception et l'état de guerre, mais pas d'étape intermédiaire qui permettrait le déploiement de la force militaire sans déclaration formelle de guerre.

Comment fonctionnerait ce nouvel instrument ?

Selon la proposition, l'état de menace pourrait être déclaré par le gouvernement sur recommandation du Conseil de sécurité de l'État. Il serait activé, par exemple, en cas d'informations de renseignement concernant un projet d'attentat terroriste contre une infrastructure critique : centrales nucléaires, nœuds énergétiques ou installations militaires.

Pellegrini a souligné qu'il ne s'agissait pas d'une préparation à un conflit militaire. « Il ne s'agit pas d'une législation visant à préparer la Slovaquie à un conflit militaire, mais à des menaces », a déclaré le président. Concrètement, cela signifierait la possibilité d'installer des systèmes de défense autour des sites stratégiques et de les autoriser à éliminer automatiquement les menaces, par exemple les drones ennemis se dirigeant vers une centrale nucléaire.

La mise en œuvre nécessite toutefois une modification de la Constitution, ce qui implique une majorité constitutionnelle au Parlement et le soutien indispensable d'une partie de l'opposition.

L'opposition met en garde contre un scénario à la hongroise

Les partis d'opposition réagissent avec retenue à la proposition. Le député Juraj Krúpa du parti SaS a souligné que le modèle rappelait le système hongrois de pouvoirs d'urgence, qui, selon les critiques, est utilisé à mauvais escient pour créer un sentiment permanent de menace, notamment en période pré-électorale.

Le mouvement KDH a qualifié l'introduction d'un nouvel instrument d'inutile. Selon les démocrates-chrétiens, la législation slovaque permet déjà explicitement de déployer l'armée et les moyens militaires en cas d'attentats terroristes ou d'autres menaces graves. Le KDH voit plutôt dans la proposition une concentration inutile de pouvoir entre les mains d'un seul ministère.

Progresívne Slovensko a promis un examen approfondi, mais demande une explication claire des points précis où la législation actuelle est défaillante. PS a également rappelé les expériences historiques d'utilisation abusive de l'armée contre ses propres citoyens sous le régime communiste.

Contexte : drones et sécurité régionale

La proposition intervient à un moment où les défis de sécurité se multiplient dans la région. Le conflit en cours au Moyen-Orient et les attaques contre les installations d'armement de la société Elbit Systems en République tchèque ont mis en évidence la vulnérabilité des infrastructures critiques en Europe centrale. Le chef d'état-major général Zmeko a confirmé que le moment était venu de procéder à des changements systémiques, et pas seulement à des ajustements cosmétiques.

La question de savoir s'il sera possible de trouver un consensus politique sur une modification de la Constitution reste ouverte. Pellegrini devra convaincre l'opposition que le nouvel instrument contient des garanties suffisantes contre les abus, et ce dans un environnement politique où la confiance entre la coalition et l'opposition n'est pas au plus haut.

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