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Majorque : Arrestation de trois prête-noms d'un oligarque russe

La police nationale espagnole a arrêté trois personnes à Majorque, accusées d'agir comme prête-noms pour dissimuler les biens de luxe de l'oligarque russe Nikolaï Kolessov, inscrit sur les listes de sanctions de l'UE en raison de la guerre en Ukraine.

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Redakcia
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Majorque : Arrestation de trois prête-noms d'un oligarque russe

Opération Oszán : le réseau qui dissimulait des millions

La police nationale espagnole a arrêté le 11 mars dernier trois personnes – un homme et deux femmes – sur l'île de Majorque, accusées d'agir comme prête-noms pour dissimuler le patrimoine d'un citoyen russe figurant sur les listes de sanctions de l'Union européenne. L'opération, baptisée Oszán, a révélé un réseau sophistiqué de sociétés écrans et de prête-noms conçu pour contourner les embargos imposés après l'invasion russe de l'Ukraine.

Selon le diario elDiario.es, l'oligarque lié à cette affaire est Nikolaï Aleksandrovitch Kolessov, un haut dirigeant du secteur industriel et technologique lié au complexe militaro-industriel russe. Kolessov dirige l'une des principales entreprises fournissant des hélicoptères à l'armée russe et figure parmi les personnes sanctionnées par l'UE depuis 2022 en raison de ses liens avec le Kremlin.

Villas à 18 millions et argent liquide dissimulé

Les agents ont perquisitionné cinq villas de luxe situées dans la commune de Calvià, d'une valeur totale d'environ 18 millions d'euros. Lors des perquisitions, la police a saisi plus de 300 000 euros en espèces, six véhicules haut de gamme, des appareils électroniques et une abondante documentation financière, selon Kyiv Post.

Les personnes arrêtées géraient prétendument les dépenses des propriétés, figuraient comme représentants et mandataires de sociétés liées à Kolessov, et détenaient des comptes bancaires et des véhicules enregistrés à leur nom. Ce montage permettait à l'oligarque de garder le contrôle effectif de ses actifs en Espagne malgré les restrictions internationales.

Chefs d'accusation et situation judiciaire

Les trois personnes arrêtées sont accusées d'organisation criminelle, de blanchiment d'argent, de fraude fiscale et d'entrave à la justice. Après avoir témoigné devant la police, elles ont été libérées provisoirement avec l'obligation de se présenter au tribunal de Palma tous les quinze jours, la confiscation de leurs passeports et l'interdiction de quitter l'île. L'instruction judiciaire se déroule sous le sceau du secret.

L'enquête se poursuit et les autorités n'excluent pas de nouvelles arrestations liées au réseau de prête-noms.

L'Espagne, plaque tournante de la fraude aux sanctions

Cette affaire met en évidence l'attrait du marché immobilier de luxe espagnol pour les oligarques russes qui cherchent à protéger leurs actifs. Selon les données du gouvernement espagnol, le pays a saisi des yachts, des manoirs et des comptes bancaires de citoyens russes sanctionnés pour une valeur de plus de 1 milliard d'euros depuis le début de la guerre en Ukraine.

L'opération a coïncidé avec la visite du président ukrainien Volodymyr Zelensky à Madrid, à la recherche d'un soutien diplomatique et militaire, ce qui souligne la dimension géopolitique de l'application des sanctions européennes. Comme l'a souligné Spain in English, cette affaire illustre les efforts croissants des autorités espagnoles pour fermer les voies d'évasion utilisées par les personnes liées au Kremlin.

Les experts en matière de respect des sanctions soulignent que les réseaux de prête-noms représentent l'un des plus grands défis pour l'application effective des restrictions, car ils permettent aux personnes sanctionnées de continuer à profiter de leurs biens, tandis que la propriété formelle est détenue par des tiers apparemment étrangers.

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