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Qu'est-ce que le récif de Scarborough et pourquoi les grandes puissances s'y affrontent-elles ?

Le récif de Scarborough est un minuscule atoll en mer de Chine méridionale devenu l'une des zones maritimes les plus disputées au monde, opposant la Chine aux Philippines et attirant les États-Unis.

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Redakcia
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Qu'est-ce que le récif de Scarborough et pourquoi les grandes puissances s'y affrontent-elles ?

Un minuscule anneau de roches d'une importance démesurée

Le récif de Scarborough est une chaîne de roches et de récifs coralliens de forme grossièrement triangulaire située en mer de Chine méridionale, qui enserre un lagon peu profond d'environ 150 kilomètres carrés. À marée haute, seule une poignée de rochers émergent. Pourtant, cet atoll isolé, revendiqué par la Chine, les Philippines et Taïwan, a déclenché des bras de fer navals, un arbitrage international et certains des moments les plus tendus des relations modernes en Asie-Pacifique.

Le récif se trouve à environ 220 kilomètres à l'ouest de Luçon, la plus grande île des Philippines, bien à l'intérieur de sa zone économique exclusive (ZEE) de 370 kilomètres. La principale masse continentale chinoise la plus proche se trouve à plus de 800 kilomètres au nord-ouest. Malgré cette distance, Pékin insiste sur le fait que cette zone se trouve dans son domaine maritime historique.

Pourquoi c'est important : pêche, navires et stratégie

Le lagon du récif de Scarborough abrite de riches zones de pêche que les pêcheurs philippins et chinois locaux se partagent depuis des générations. Mais la véritable importance de l'atoll est stratégique. Il se trouve à proximité des voies maritimes qui transportent environ 3,4 billions de dollars de commerce mondial annuel, selon le Council on Foreign Relations. Le contrôle du récif étend la portée de la surveillance et des patrouilles d'un pays sur l'un des corridors maritimes les plus fréquentés au monde.

Pour les Philippines, la perte d'accès menace les moyens de subsistance de milliers de pêcheurs artisanaux. Pour la Chine, le maintien d'une présence renforce sa revendication plus large sur la quasi-totalité de la mer de Chine méridionale, une revendication visualisée par la soi-disant ligne des neuf traits sur les cartes chinoises.

La ligne des neuf traits et les revendications de la Chine

Les vastes revendications de la Chine en mer de Chine méridionale remontent à une carte publiée par le gouvernement nationaliste en 1947, qui comportait à l'origine onze traits. Après la prise de pouvoir communiste en 1949, la ligne a été réduite à neuf. Elle s'étend vers le sud depuis la Chine continentale, en passant par le Vietnam et les Philippines, et englobe les îles Paracels, les îles Spratleys et le récif de Scarborough, soit environ 90 % de la mer de Chine méridionale.

Pékin affirme que la ligne reflète des siècles d'activité de navigation et de pêche chinoise. Les États voisins, en particulier le Vietnam, les Philippines, la Malaisie et le Brunei, rejettent cette revendication, la jugeant incompatible avec la Convention des Nations unies sur le droit de la mer (CNUDM), qui attribue les zones maritimes en fonction de la géographie côtière, et non de l'usage historique.

L'impasse de 2012 qui a tout changé

La confrontation moderne au récif de Scarborough s'est cristallisée en avril 2012. La marine philippine a repéré des navires de pêche chinois à l'intérieur du lagon et a dépêché un navire de guerre, le BRP Gregorio del Pilar, pour enquêter. La Chine a réagi en envoyant ses propres navires des garde-côtes, et une impasse tendue de deux mois s'en est suivie. Elle s'est terminée par un accord négocié par les États-Unis prévoyant le retrait des deux parties, mais seules les Philippines se sont retirées. Les garde-côtes chinois ont maintenu une présence continue depuis lors, contrôlant effectivement l'accès au lagon.

La décision historique de 2016

En 2013, les Philippines ont porté le différend devant la Cour permanente d'arbitrage de La Haye en vertu de la CNUDM. La décision du tribunal de juillet 2016 a été radicale : il a estimé que la revendication de la ligne des neuf traits de la Chine n'avait "aucun fondement juridique" et que Pékin avait violé les droits souverains des Philippines. Il a également classé le récif de Scarborough comme un "rocher" en vertu du droit international, ce qui signifie qu'il ne génère qu'une mer territoriale de 12 milles marins, et non une ZEE complète.

La Chine a rejeté la décision comme étant "nulle et non avenue" et a refusé de s'y conformer. En l'absence de mécanisme d'application, la décision reste un précédent juridique puissant, mais une lettre morte en pratique, selon une analyse de la U.S.-China Economic and Security Review Commission.

Barrières flottantes et frictions persistantes

Depuis 2023, la Chine a déployé à plusieurs reprises des barrières flottantes à l'entrée du lagon, bloquant physiquement les bateaux de pêche philippins. Les équipages des garde-côtes philippins ont coupé certaines barrières, mais la Chine les a réinstallées. Les jets de canons à eau, les quasi-collisions entre les patrouilleurs et les survols d'avions à basse altitude sont devenus des événements réguliers.

Les États-Unis ont un traité de défense mutuelle avec les Philippines et ont déclaré qu'une attaque armée contre des navires publics philippins en mer de Chine méridionale déclencherait leurs obligations conventionnelles. Cela fait du récif de Scarborough l'un des points de friction les plus probables pour une confrontation directe entre les États-Unis et la Chine.

Quelles sont les prochaines étapes ?

Malgré la décision juridique et les critiques internationales, le statu quo semble bien ancré. La Chine continue de consolider son contrôle par le biais de patrouilles des garde-côtes et d'obstructions physiques. Les Philippines, soutenues par l'alliance américaine, maintiennent leur contestation, mais n'ont pas la puissance navale nécessaire pour déloger unilatéralement les forces chinoises. Le récif de Scarborough reste ce qu'il est depuis plus d'une décennie : un petit anneau de roches au centre du différend maritime le plus dangereux au monde.

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