Science

Comment fonctionnent les stations spatiales commerciales – et pourquoi l'ère de l'ISS touche à sa fin

Alors que la Station spatiale internationale s'apprête à prendre sa retraite, la NASA mise sur des entreprises privées pour construire ses remplaçantes. Voici comment fonctionnent les stations spatiales commerciales et ce que signifie cette transition pour l'avenir de l'humanité en orbite.

R
Redakcia
5 min de lecture
Partager
Comment fonctionnent les stations spatiales commerciales – et pourquoi l'ère de l'ISS touche à sa fin

La plus grande laboratoire de l'histoire va fermer ses portes

La Station spatiale internationale (ISS) est en orbite autour de la Terre depuis plus d'un quart de siècle, accueillant plus de 3 000 expériences scientifiques et une présence humaine continue depuis l'an 2000. Mais cet avant-poste d'environ 150 milliards de dollars vieillit. La NASA prévoit de désorbiter l'ISS vers 2030, envoyant ses restes dans une zone reculée de l'océan Pacifique. Ce qui va suivre représente un changement fondamental : pour la première fois, les stations qui la remplaceront seront détenues et exploitées par des entreprises privées, et non par des gouvernements.

Pourquoi la NASA cède-t-elle les clés ?

L'exploitation de l'ISS coûte à la NASA environ 3 à 4 milliards de dollars par an, soit environ un tiers de son budget pour les vols spatiaux habités. En passant aux stations commerciales, l'agence prévoit d'acheter du temps de recherche en tant que client plutôt que de supporter l'intégralité des coûts de propriété. Cela libère des fonds pour des ambitions plus lointaines, comme les bases lunaires et les éventuelles missions vers Mars.

En 2021, la NASA a attribué plus de 400 millions de dollars de contrats initiaux dans le cadre de son programme Commercial Low-Earth Orbit Destinations (CLD) afin de stimuler le développement privé. Les contrats de la phase 2, d'une valeur comprise entre 1 et 1,5 milliard de dollars, sont attendus en 2026, la NASA espérant au moins deux ans de chevauchement entre les opérations commerciales et l'ISS avant les adieux enflammés de l'ancienne station.

Qui construit quoi ?

Plusieurs entreprises sont en compétition pour combler le vide laissé par l'ISS en orbite terrestre basse :

  • Vast Space — Haven-1 : Prévue pour devenir la première station spatiale construite par des entreprises privées, Haven-1 est un avant-poste à module unique pesant environ 14 000 kg. Elle sera lancée à bord d'une Falcon 9 de SpaceX et accueillera des équipages de quatre astronautes maximum, acheminés par Crew Dragon. La station comprend un laboratoire de recherche en microgravité avec 10 emplacements de charge utile et une connectivité Internet Starlink, une première pour une station spatiale.
  • Axiom Space : Plutôt que de lancer une station autonome, Axiom prévoit de fixer son premier module à l'ISS elle-même, puis de le détacher et de voler de manière indépendante une fois que d'autres modules seront arrivés. Cette approche progressive réduit les risques en tirant parti de l'infrastructure existante de l'ISS pendant la transition.
  • Blue Origin — Orbital Reef : Fruit d'une coentreprise avec Sierra Space, Orbital Reef envisage une station multi-modules conçue pour soutenir la recherche, le tourisme et la fabrication. Le projet a achevé son examen de définition du système avec la NASA, bien que son objectif de lancement ait été repoussé vers 2030.
  • Starlab (Voyager Technologies) : Soutenu par Airbus et initialement développé par Nanoracks, Starlab vise à fournir une plateforme de recherche habitée en permanence en orbite terrestre basse.

En quoi une station commerciale diffère-t-elle de l'ISS ?

L'ISS a été construite dans le cadre d'un traité intergouvernemental impliquant 15 nations, assemblée pièce par pièce sur plus d'une décennie. Les stations commerciales inversent ce modèle. Les entreprises privées possèdent le matériel, fixent les calendriers et vendent l'accès à de multiples clients, la NASA n'étant qu'un d'entre eux. Parmi les autres acheteurs figurent des entreprises pharmaceutiques menant des expériences sur des médicaments en microgravité, des scientifiques des matériaux cultivant des cristaux de haute pureté, des agences spatiales nationales ne disposant pas de leur propre avant-poste orbital, et même des touristes spatiaux.

L'économie est également différente. Alors que l'ISS avait un seul opérateur et de nombreux partenaires, les stations commerciales se font concurrence pour les affaires, ce qui, en théorie, fait baisser les coûts et accélère l'innovation. La NASA estime qu'elle pourrait économiser des centaines de millions de dollars par an en achetant des services plutôt qu'en gérant directement les opérations.

Le fossé qui inquiète les experts

La principale préoccupation concerne le calendrier. La désorbitation de l'ISS est prévue vers 2030, mais rien ne garantit qu'aucun des remplaçants commerciaux ne sera pleinement opérationnel d'ici là. Un vide dans l'accès habité à l'orbite terrestre basse briserait une série de présence humaine continue dans l'espace remontant à novembre 2000. Les législateurs et les analystes aérospatiaux ont averti que même un court laps de temps pourrait céder un terrain stratégique à la Chine, qui exploite sa propre station Tiangong de manière indépendante.

MIT Technology Review a désigné les stations spatiales commerciales comme l'une de ses 10 technologies révolutionnaires de 2026, soulignant à la fois la promesse et l'urgence de la transition.

Ce que cela signifie pour l'humanité en orbite

Si la transition réussit, l'orbite terrestre basse pourrait évoluer d'un simple avant-poste partagé à un quartier de stations concurrentes, chacune étant adaptée à différents clients et objectifs. Ce changement marquerait le moment où l'infrastructure spatiale passerait d'un monopole gouvernemental à un marché commercial, comme l'ont fait les communications par satellite il y a des décennies. L'ISS a prouvé que les humains pouvaient vivre et travailler dans l'espace ; ses successeurs doivent prouver qu'ils peuvent le faire de manière rentable.

Cet article est également disponible dans d'autres langues :

Articles connexes