Habitat et mobilier

Crise du logement en Allemagne : l'objectif de 400 000 logements non atteint

L'Allemagne ne devrait achever qu'environ 240 000 nouveaux logements en 2026, loin de son objectif de 400 000 unités. Dans le même temps, les loyers dans les grandes villes augmentent de plus de 5 % par an, plaçant le logement abordable au premier rang des priorités politiques du Chancelier Friedrich Merz.

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Redakcia
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Crise du logement en Allemagne : l'objectif de 400 000 logements non atteint

Un objectif hors de portée dès le départ

La crise de la construction de logements en Allemagne s'aggrave à un rythme alarmant. Le pays ne devrait achever qu'environ 240 000 nouveaux logements en 2026, soit à peine 60 % de l'objectif de longue date du gouvernement, qui est de 400 000 unités par an. Selon l'Institut économique allemand (IW), les achèvements pourraient même chuter davantage, pour atteindre environ 215 000 unités, tandis que l'institut Ifo prévoit à peine 185 000 unités, un chiffre qui représenterait un effondrement catastrophique de l'offre de nouveaux logements.

L'objectif annuel de 400 000 unités, défendu par la coalition précédente sous Olaf Scholz, était déjà largement considéré comme ambitieux. Aujourd'hui, sous Friedrich Merz, il semble presque totalement déconnecté de la réalité économique. Le BBSR, l'institut fédéral allemand de recherche sur la construction et la planification, a discrètement revu à la baisse la référence, la fixant à 320 000 nouveaux logements par an jusqu'en 2030, mais même cet objectif réduit reste hors de portée.

Les loyers flambent alors que l'offre s'effondre

Les conséquences pour les locataires sont désastreuses. Dans les vingt plus grandes villes d'Allemagne, les loyers demandés augmentent à un rythme annuel supérieur à 5 %, certains marchés métropolitains enregistrant des augmentations allant jusqu'à 8 %. Les données de JLL montrent que le loyer médian pondéré demandé dans les huit plus grandes villes d'Allemagne a atteint 18,17 € par mètre carré au second semestre 2025. Munich reste la ville la plus chère, avec 22,96 €/m², soit plus du double de la moyenne nationale.

Les analystes prévoient une croissance continue des loyers de 4 à 6 % par an dans un avenir prévisible, en raison d'un grave déséquilibre entre l'offre et la demande. On estime déjà que l'Allemagne manque d'environ 550 000 appartements, le déficit étant concentré dans les segments du logement abordable et social, précisément là où la nouvelle construction est la moins viable économiquement pour les promoteurs privés.

Après la forte correction de 2022-2023, où les prix ont chuté jusqu'à 7,1 % en raison de la hausse des taux d'intérêt, les valeurs des biens immobiliers résidentiels ont repris leur ascension, augmentant d'environ 3 à 4 % en 2025 et devant augmenter d'un montant similaire en 2026. Avec des taux hypothécaires qui se sont assouplis pour atteindre environ 3,6 à 3,8 % pour les prêts à taux fixe sur 10 ans, la demande des acheteurs se redresse, ce qui exerce une pression supplémentaire sur un marché déjà sous-approvisionné.

Des obstacles structurels bloquent la reprise

Les raisons de la pénurie de constructions sont bien documentées, mais persistent obstinément. Le délai d'obtention du permis de construire à l'achèvement en Allemagne est désormais en moyenne de 26 mois pour les projets résidentiels, et jusqu'à 34 mois pour les logements multifamiliaux. Les coûts de construction ont considérablement augmenté pendant la période post-pandémique et n'ont pas diminué de manière significative. Les exigences en matière d'efficacité énergétique, bien qu'importantes pour l'environnement, ajoutent des coûts importants par unité.

Le gouvernement Merz a introduit une loi d'accélération de la construction de logements (Wohnungsbau-Turbo) à la mi-2025, visant à simplifier le code de la construction, à rationaliser les permis et à subventionner la construction par l'intermédiaire de la banque publique KfW. L'objectif est de rendre les nouveaux appartements sur les marchés tendus viables pour un loyer inférieur à 15 euros par mètre carré. Le « frein aux loyers » a été prolongé jusqu'en 2029, et un groupe d'experts travaille sur une réforme plus large du droit du bail.

Un problème politique qui ne disparaîtra pas

Le logement est devenu l'un des principaux défis politiques de l'administration Merz. Avec une accessibilité financière en baisse, même si les taux hypothécaires diminuent, la crise touche de plus en plus les ménages à revenus moyens, et pas seulement les plus pauvres. Les analystes avertissent que sans des réformes structurelles beaucoup plus profondes, notamment des approbations de zonage plus rapides, une libération accrue de terrains publics et un investissement soutenu dans le logement social, la pénurie de logements en Allemagne restera aiguë bien au-delà de 2030.

Pour des millions de locataires à Berlin, Hambourg, Francfort et Munich, ce calendrier n'offre que peu de réconfort.

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