L'UE à Kiev : quatre ans de guerre et un prêt de 90 milliards d'euros
Quatre ans après le début de l'invasion russe de l'Ukraine, le président du Conseil européen, António Costa, et la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, se rendent à Kiev, tandis que l'UE contourne le veto hongrois pour approuver un prêt de 90 milliards d'euros à Kiev.
Kiev de nouveau au centre de l'attention européenne
Exactement quatre ans après le 24 février 2022, date à laquelle la Russie a lancé une invasion à grande échelle de l'Ukraine, les plus hauts représentants de l'Union européenne se sont rendus à Kiev. Le président du Conseil européen, António Costa, et la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, ont participé à une cérémonie commémorative officielle et ont visité des infrastructures énergétiques endommagées par des frappes de missiles russes. La symbolique de cette visite est claire : l'UE est aux côtés de l'Ukraine.
Les deux dirigeants ont également rencontré le président ukrainien Volodymyr Zelensky lors d'une réunion trilatérale. Selon une déclaration du Conseil européen, la visite confirme « l'engagement indéfectible de l'UE envers le peuple ukrainien et son avenir en Europe ».
Coalition de volontaires : 35 pays pour la paix
Le programme à Kiev comprenait également une réunion de la dite Coalition de volontaires, convoquée par le président français Emmanuel Macron et le Premier ministre britannique Keir Starmer. 35 pays y ont participé, confirmant ensemble leur détermination à soutenir l'Ukraine dans la réalisation d'une paix durable et à garantir la sécurité non seulement de Kiev, mais de toute l'Europe. Il s'agit de l'un des signaux diplomatiques de solidarité les plus larges depuis le début de la guerre.
Quatre-vingt-dix milliards d'euros : un prêt malgré la Hongrie
Le Parlement européen a approuvé un paquet de 90 milliards d'euros sous forme de prêt à l'Ukraine pour les années 2026-2027. Le vote ne s'est toutefois pas déroulé sans turbulences : la Hongrie a bloqué l'un des trois actes législatifs nécessaires au déblocage des fonds. Budapest conditionne son accord au rétablissement du transit du pétrole russe via l'oléoduc Droujba, interrompu après une attaque de drone en janvier.
L'UE a toutefois trouvé une issue. Le commissaire européen Valdis Dombrovskis a confirmé que le Conseil de l'UE pouvait adopter deux des trois actes législatifs nécessaires même sans la Hongrie, ce qui permettrait les préparatifs techniques pour le versement. Les premiers paiements sont attendus début avril. Bruxelles a également vivement critiqué Budapest pour violation du principe de coopération loyale.
Slovaquie : Fico dans l'opposition à Bruxelles
Alors que la majorité de l'UE fait preuve de solidarité avec l'Ukraine, le Premier ministre slovaque Robert Fico a adopté un ton différent. Il a qualifié le financement de l'Ukraine de « folie idéologique » et le gouvernement slovaque a annoncé l'arrêt des livraisons d'électricité d'urgence à l'Ukraine, en réaction à la fin du transit du pétrole russe via le réseau ukrainien. Fico n'a pas non plus exclu d'autres mesures, notamment un réexamen du soutien à la candidature de l'Ukraine à l'adhésion à l'UE. La Slovaquie se retrouve ainsi sous une pression diplomatique croissante de la part de ses partenaires de l'Union.
Quatre ans de guerre en chiffres
Le bilan de quatre ans de conflit est dévastateur. Selon le HCR, près de 5,9 millions de réfugiés d'Ukraine sont enregistrés à l'étranger, dont 5,3 millions en Europe. À l'intérieur du pays, 3,7 millions de personnes restent déplacées, dont 71 % depuis plus de deux ans. Environ 10,8 millions de personnes auront besoin d'une aide humanitaire en 2026.
Les victimes civiles augmentent à un rythme alarmant : en 2025, le nombre de pertes civiles a été 31 % plus élevé qu'en 2024. Plus de 15 000 civils sont morts depuis le début de la guerre. Selon l'UNICEF, un enfant ukrainien sur trois reste déplacé et les bombardements ont fait plus de 3 200 victimes infantiles.
Quatre ans après le début de l'invasion, l'Europe est confrontée à une question cruciale : combien de temps et par quels moyens sera-t-elle capable et disposée à soutenir l'Ukraine — et les fissures internes, symbolisées par la Hongrie ou la Slovaquie, n'affaibliront-elles pas l'unité que Costa et von der Leyen sont venus démontrer à Kiev ?