Qu'est-ce que le détroit d'Ormuz et pourquoi est-il si important ?
Ce point de passage étroit de 33 kilomètres de large, situé entre l'Iran et Oman, voit transiter environ un cinquième de l'approvisionnement pétrolier mondial quotidien. Voici comment fonctionne cette voie maritime, pourquoi il est si difficile de la remplacer et ce qui se passerait si elle était fermée.
Le point de passage pétrolier le plus crucial au monde
En son point le plus étroit, le détroit d'Ormuz ne s'étend que sur 33 kilomètres, soit à peu près la largeur du Pas de Calais à Douvres. Pourtant, cette mince bande d'eau entre l'Iran au nord et Oman au sud est sans doute la voie maritime la plus stratégiquement importante de la planète. Chaque jour, environ 20 millions de barils de pétrole y transitent, ce qui équivaut à environ un cinquième de la consommation mondiale totale de pétrole, selon l'U.S. Energy Information Administration (EIA).
Où il se trouve et comment il fonctionne
Le détroit relie le golfe Persique – bordé par l'Arabie saoudite, les ÉAU, le Koweït, le Qatar, Bahreïn, l'Irak et l'Iran – au golfe d'Oman et, finalement, à la mer d'Arabie et à l'océan Indien. C'est la seule issue maritime pour la plupart des pays producteurs de pétrole du Golfe.
Pour gérer le flux constant d'énormes supertankers, le détroit dispose de deux voies de navigation étroites, chacune d'environ trois kilomètres de large, l'une pour le trafic entrant et l'autre pour le trafic sortant. Ces chenaux passent principalement par les eaux territoriales d'Oman, bien qu'ils empiètent également sur les eaux iraniennes. En vertu de la Convention des Nations unies sur le droit de la mer (CNUDM), les navires jouissent du droit de passage en transit, ce qui signifie qu'ils peuvent traverser ces détroits internationaux de manière continue et sans entrave, même dans la mer territoriale d'un autre pays.
Qui en dépend
Presque tous les grands producteurs de pétrole du golfe Persique dépendent du détroit. L'Arabie saoudite représente à elle seule environ 38 % du total des flux pétroliers transitant par Ormuz, soit environ 5,5 millions de barils par jour, selon l'EIA. Les ÉAU, le Koweït, l'Irak, le Qatar et l'Iran acheminent également leurs exportations par ce même passage.
Du côté des destinataires, l'Asie domine : environ 84 % du pétrole brut transitant par le détroit est destiné aux marchés asiatiques. La Chine reçoit environ un tiers de ses importations totales de pétrole via Ormuz. Le Japon et la Corée du Sud sont également fortement dépendants. L'Agence internationale de l'énergie (AIE) note qu'une perturbation à cet endroit se ferait sentir dans le monde entier, et pas seulement en Asie, car le prix du pétrole est fixé sur les marchés mondiaux.
Le détroit transporte également environ un cinquième du commerce mondial de gaz naturel liquéfié (GNL), principalement en provenance du Qatar, l'un des plus grands exportateurs mondiaux de GNL.
Pourquoi il n'y a pas de véritable alternative
Deux systèmes de pipelines peuvent théoriquement contourner Ormuz. L'oléoduc est-ouest d'Arabie saoudite relie les champs pétrolifères du Golfe au port de Yanbu, sur la mer Rouge, avec une capacité allant jusqu'à 5 millions de barils par jour. L'oléoduc d'Abu Dhabi (ADCOP) mène au port de Fujairah, sur le golfe d'Oman, et traite environ 1,8 million de barils par jour.
Le problème : même en faisant fonctionner les deux pipelines à pleine capacité, les analystes de la CNUCED et de l'EIA estiment qu'environ 2,6 millions de barils par jour de capacité de contournement sont réalistement disponibles, contre les 20 millions de barils qui transitent quotidiennement par le détroit. Le détournement des navires par le cap de Bonne-Espérance en Afrique ajouterait 10 à 14 jours supplémentaires en mer et des milliers de milles nautiques, ce qui ferait grimper en flèche les coûts de transport.
L'Iran et ses menaces historiques
L'Iran est situé le long de toute la côte nord du détroit et a menacé à plusieurs reprises de le fermer pendant les périodes de tension avec les États-Unis et leurs alliés. Pendant la guerre Iran-Irak dans les années 1980, la « guerre des pétroliers » a vu des mines, des canonnières et des frappes aériennes menacer la navigation dans le Golfe, ce qui a incité la marine américaine à escorter les pétroliers neutres à travers le passage. L'Iran a renouvelé ses menaces de fermeture lors des impasses nucléaires de 2011 et 2019.
La question de savoir si l'Iran pourrait réellement fermer le détroit fait l'objet d'un débat acharné. Cela violerait la CNUDM, et la Cinquième flotte américaine – basée à Bahreïn – existe en partie pour garantir la liberté de navigation. Néanmoins, l'Iran possède des missiles basés à terre, des mines et des vedettes rapides qui pourraient rendre le passage dangereusement coûteux, même si une fermeture complète s'avérait impossible à maintenir.
Pourquoi toute perturbation affecte tout le monde
Parce que le pétrole est une matière première négociée à l'échelle mondiale, un choc d'approvisionnement dans le golfe Persique se traduit presque instantanément par des prix plus élevés partout : à la pompe en Allemagne, dans l'usine au Vietnam, à l'épicerie au Brésil. Le Congressional Research Service a conclu que même une fermeture temporaire entraînerait « des retards d'approvisionnement importants et une forte augmentation des prix mondiaux de l'énergie ». Les réserves stratégiques de pétrole détenues par les pays membres de l'AIE pourraient amortir une brève perturbation, mais une fermeture prolongée épuiserait rapidement ces réserves.
Le détroit d'Ormuz est, par essence, un accident géographique que l'histoire a rendu indispensable. Tant que le bouquet énergétique mondial ne s'éloignera pas de manière décisive du pétrole du Golfe, ce goulet d'étranglement de 33 kilomètres restera l'un des points de pression où la géopolitique et l'économie mondiale se rencontrent le plus violemment.